9 décembre à Lyon rassemblement des salariés du groupe ACI pour l'emploi et contre la casse industrielle
Rassemblement le 25 novembre au Tribunal à Lyon
Déclaration des syndicats et sections syndicales CGT des établissements du groupe ACI
Depuis des années, les gouvernements successifs nous vantent une réindustrialisation prétendument engagée, une souveraineté retrouvée, des territoires rebâtis autour de nouvelles filières industrielles. Mais derrière les discours, derrière les annonces triomphales, derrière les visites médiatisées dans des usines “sauvées”, la réalité vécue par les salariés du groupe ACI est celle de la désindustrialisation brutale, du démantèlement silencieux de nos outils de production, et du sacrifice progressif de milliers de travailleurs et travailleuses.
ACI en est l’illustration la plus frappante. Promu comme un acteur de la “renaissance industrielle”, le groupe a racheté en quelques années plus de 30 entreprises, représentant environ 1 450 salariés répartis sur tout le territoire national.
À chaque rachat, les mêmes discours : promesses de diversification, investissements annoncés, modernisation des équipements, sauvegarde des emplois, consolidation de savoir-faire uniques dans des secteurs essentiels comme la défense, le ferroviaire, l’énergie, l’automobile, l’aéronautique ou la mécanique de précision. La réalité, nous l’avons vécue chaque jour dans nos ateliers : engagements non tenus, investissements jamais réalisés, projets industriels abandonnés, trésoreries siphonnées, sites laissés sans moyens, pertes de clients stratégiques, promesses de réindustrialisation envolées une à une.
Au fil du temps, nos entreprises ont été vidées de leur substance. Les équipes ont tenu debout seules, souvent sans direction, improvisant pour sauver la production malgré l’absence de moyens. Les alertes des élus du personnel, les rapports d’expertise, les condamnations de la CARSAT, de l’Inspection du travail ou du Procureur de la République pointaient déjà depuis longtemps des dysfonctionnements graves, une gestion opaque, un pilotage improvisé. Plusieurs demandes d’alerte avaient été remontées. Rien n’a été entendu.
Aujourd’hui, la situation éclate au grand jour : cessations de paiement en chaîne, audiences qui s’enchaînent au tribunal de commerce de Lyon, liquidations immédiates pour plusieurs sites, redressements judiciaires pour d’autres, et des centaines de familles plongées dans l’inquiétude la plus totale.
Tout cela dans un contexte où des soupçons d'abus de biens sociaux, de détournements et de manquements graves ont donné lieu au dépôt de plaintes pénales. Pendant que nos ateliers se vidaient, que nos collègues s’épuisaient à maintenir une production en manque permanent de moyens, certains semblaient vivre comme dans un film : un mélange de Tapis, Rocancourt et Scarface. Sauf que pour nous, ce n’est pas du cinéma : ce sont des emplois, des vies, des territoires entiers.
Cette situation n’est pas propre à ACI. Elle révèle la réalité d'un pays qui continue de fermer des usines tout en prétendant réindustrialiser. Alors que les discours politiques se multiplient sur la souveraineté industrielle, la vérité est que les fermetures s’accumulent, les filières se fragilisent, les emplois se perdent, et les territoires sont laissés à eux-mêmes. Les travailleurs et travailleuses sont les premiers impactés, toujours sacrifiés, jamais protégés.
Pourtant, malgré la gestion catastrophique du groupe ACI, nos sites sont viables. Ils ont des clients historiques, souvent rang 1. Ils ont des marchés stratégiques et des compétences rares. Ils ont une histoire, une pertinence industrielle, une capacité réelle à se redresser avec un projet sérieux. Ce n’est pas l’industrie qui est en cause, ni les salariés, ni les territoires : c’est un système de reprises sans garanties, sans contrôles, sans vision, où l’argent public peut circuler sans contrepartie réelle.
C’est pourquoi nous, sections et syndicats CGT de l’ensemble des entreprises du groupe ACI, appelons l’État à prendre ses responsabilités.
Il ne peut pas se satisfaire d’observer l’effondrement d’un groupe qu’il a parfois contribué à légitimer par son silence ou sa complaisance. Nous exigeons une intervention immédiate, un audit complet et transparent sur l’usage des aides publiques, l’exclusion de tout repreneur douteux ou spéculatif, et l’examen de projets industriels crédibles, structurants et financés.
L’avenir de 1 450 salariés, de plus de 30 sites et de plusieurs filières stratégiques ne peut pas être abandonné à des fonds d’investissement instables ou à des acteurs dont l’historique industriel interroge.
Les syndicats CGT d’Enerflux, Roche Méca Tech, AMM42, Tôle & Design, des Fonderies de Sougland, et de Fralsen s’expriment d’une seule voix : nous n’acceptons ni la fatalité, ni la casse sociale, ni la disparition de nos métiers et de nos savoir-faire. Nous ne laisserons pas nos usines mourir en silence. Nous ne laisserons pas nos territoires être sacrifiés sans réaction. Nous ne laisserons pas l’industrie française s’effondrer site après site.
Nous appelons l’ensemble des salariés, des syndicats, des unions locales, de l’interprofessionnel, des fédérations, ainsi que toutes celles et ceux qui refusent la désindustrialisation de notre pays, à se rassembler massivement le 9 décembre devant le tribunal de commerce de Lyon, jour où se jouera une partie essentielle de l’avenir de nos entreprises.
Sans industrie, il n’y a pas de souveraineté.
Sans souveraineté, il n’y a pas d’avenir.
Et sans les travailleurs et travailleuses, il n’y a tout simplement pas d’industrie.
Le 9 décembre, faisons entendre notre voix.
Le 9 décembre, faisons barrage à la casse sociale.
XXX
PS : La holding propriétaire d’une quarantaine d’entreprises dont 19 dans la région et employant 1 600 salariés ACI Group passait devant le tribunal des activités économiques de Lyon mardi 25 novembre pour une possible liquidation judiciaire. Le dirigeant Philippe Rivière, s’est offert un sursis de 15 jours. Le patron d'ACI Group sans pouvoir depuis la prise en main de la holding aux 40 entreprises et 1 600 salariés par deux administrateurs judiciaires le 14 octobre, était à nouveau entendu par le tribunal des activités économiques de Lyon en vue d’une possible liquidation judiciaire, deux mois après une mise en redressement. Après quelques heures de débat à huis clos, l’audience a été renvoyée au 9 décembre. L'un des avocats de Philippe Rivière a précisé que celui-ci « cherche activement des fonds pour financer la période d'observation et apporter les garanties pour la prochaine audience du 9 décembre. Une proposition sérieuse a été faite mais elle doit être précisée et confirmée ». Cet investisseur demeure donc, pour l'heure, anonyme.
Source : Le Progrès
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