Budget 2026 : quand l'économie de guerre supplante la diplomatie à l'Assemblée nationale !
Le 1er ministre Lecornu a organisé un débat le 10 décembre à l’Assemblée sur la défense nationale. Les communistes ont vivement critiqué l'augmentation des crédits des armées inscrite au budget qui transforme notre économie en "économie de guerre". Ils sont les seuls avec les députés LFI à avoir voté contre le principe de cette hausse de 6,7 milliards d’euros. 411 députés l'ont approuvé et 22 se sont abstenus.
À la peine pour faire voter un budget, le 1er ministre Lecornu a sollicité un vote des députés sur le principe d’augmenter le budget de défense dès 2026. Il a confirmé une actualisation, au premier semestre 2026, de la loi de programmation militaire, qui prévoit pourtant déjà 400 milliards d’euros de dépenses entre 2024 et 2030.
Nous « ne pouvons compter que sur nous-mêmes, de ne jamais dépendre des autres, d’êtres souverains et indépendants », a-t-il argumenté. Une majorité de députés, 411 ont approuvé le principe d’une hausse de 6,7 milliards des crédits des Armées inscrite dans le projet de loi de Finances, contre 88 voix (celles des insoumis et des communistes) et 22 abstentions (la majorité des écologistes).
Selon Lecornu, une mise à jour de notre modèle est nécessaire pour faire face au « retour des guerres de haute intensité », aux « menaces hybrides qui visent à nous déstabiliser en touchant nos intérêts et nos valeurs », mais aussi du fait de la « phase d’incertitude qui touche la relation transatlantique » avec les États-Unis de Donald Trump. L’augmentation dès l’an prochain de l’enveloppe défense, avec 3,5 milliards de plus par rapport à ce qui était prévu, doit servir à « reconstituer nos stocks » d’armement, justifie-t-il. À l’avenir devront être financés la « création d’une filière de drones » ou encore un programme européen pour ne plus dépendre des États-Unis pour détecter l’arrivée de missiles.
Les communistes opposée aux hausses de crédits de défense
Sans surprise, les macronistes et la droite ont appuyé ses propos. « Notre défense, notre sécurité, notre souveraineté seraient les premières à pâtir de l’absence de budget », a déclaré Geneviève Darrieussecq, députée Modem. L’agression russe du territoire ukrainien est convoquée dans plusieurs discours pour justifier la course aux armements.
« Géorgie en 2008, Crimée en 2014 et le reste de l’Ukraine en 2022… Avec une économie de défense représentant 40 % de son PIB, la Russie produit plus d’armement qu’elle n’en a besoin pour sa guerre actuelle. Qui peut croire qu’elle s’arrêtera là ? Qui sera la prochaine victime ? » la macroniste Yannick Chenevard a ainsi repris à son compte l'ineptie de la menace russe malgré les propos rassurants des diplomates russes. Marie Récalde a dit l’inquiétude du groupe socialiste devant la « baisse » de l’aide à l’Ukraine dans le projet de loi de finances 2026. Mais de quelle baisse parle t-elle : financière ou en équipements militaires alors que plus de 65% des ukrainiens sont pour une solution négociée et l'argent encore alors que le budget de la santé diminue de plus de 4 milliards et que le grave scandale de la corruption touche les dirigeants ukrainiens !
Il fallait compter sur les bancs les plus à gauche de l’Hémicycle pour s’opposer à la hausse des crédits de défense, les orateurs d’extrême droite appuyant une telle captation de ressources publiques au détriment des services publics.
Premier à s’exprimer, le communiste Édouard Bénard a rappelé l’ampleur des moyens débloqués dans la course aux armements : le projet Rearm Europe mobilise « 800 milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne (UE) (…) sans recettes nouvelles ». Il a également déplacé le débat sur l'autre terrain politique. « Nous pourrions débattre de notre enfermement, de notre logique de bloc au détriment d’un engagement renouvelé pour la paix par un dialogue avec les Brics et les pays du Sud global », a-t-il déclaré. Un autre député a invité à un « non-alignement » de la France qui permettrait des coopérations nouvelles.
« Nous pourrions débattre de notre incapacité à voir plus loin que l’espace géographique de l’UE, comme l’avait ébauché l’acte final de la déclaration d’Helsinki en pleine guerre froide », en avançant la perspective d’un « espace de sécurité paneuropéen de Brest à Vladivostok impliquant l’espace Méditerranée », a souligné Édouard Bénard, qui invite à la primauté de la diplomatie sur la guerre.
Une telle perspective nécessite des discussions, y compris avec Moscou. Sur une autre ligne, la députée socialiste Anna Pic prévient, elle aussi : « Pour être efficace, soulignons que l’augmentation des crédits à elle seule ne suffira pas. Celle-ci doit s’inscrire dans une vision stratégique renouvelée, basée sur l’émergence d’une nouvelle architecture de sécurité collective du continent européen, et une politique de coopérations multilatérales renforcée. » Une vision bien absente dans les discours de Lecornu, des macronistes et de la droite.
Les députés de gauche ont également dénoncé les abandons des libéraux français en matière industrielle. « Pendant que l’Allemagne mobilise l’industrie au service de sa défense, nous pourrions perdre notre capacité à produire des chars et des avions de combat », dénonce Bastien Lachaud. « Derrière les grands mots d’autonomie stratégique, pendant qu’on loue les mérites de cet effort de souveraineté, nos entreprises de défense sont bradées les unes après les autres », a attaqué Édouard Bénard, citant des entreprises à usage militaire et civil, Vencorex, Eolane, Atos, et Arcelor, toutes délaissées par les pouvoirs publics. Derrière cette casse industrielle sont fortement présents les Yankees qui espèrent bien ramasser la mise !
Source : l'Huamnité
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