Explosion à Elkem Saint Fons, témoignage d'un syndicaliste CGT de la chimie...
Après le choc, les questions : le dramatique accident qui a eu lieu ce 22 décembre sur le site d’Elkem à Saint-Fons (Rhône), aurait-il pu être évité ? Pour rappel, une explosion survenue dans un établissement de la Vallée de la chimie classé Seveso seuil haut a fait un mort et trois blessés graves.
Elkem Silicones est une filiale de l’entreprise norvégienne Elkem. Spécialisée dans la production de produits siliconés tels que des huiles, émulsions ou résines, sa fiche Seveso comprend une impressionnante liste de risques potentiels : incendie, explosion de gaz, risques toxiques liés aux fuites, etc.
Des documents publics retracent l’historique du site sur 20 ans. Ils font état d’une longue série d’incidents plus ou moins inquiétants, que Paul Poulain, expert en risques industriels a analysés.
Verdict : même si pour le spécialiste, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions quant au drame du 22 décembre, « les inspections menées ces dernières années, les arrêtés de mise en demeure successifs et les fiches administratives accessibles sur Géorisques décrivent un établissement Seveso seuil haut où les failles techniques et organisationnelles sont nombreuses, persistantes et connues des autorités. »
Plusieurs mises en demeure
En pratique, ce site a par exemple fait l’objet d’un arrêté préfectoral de mise en demeure le 12 mai 2022 avec un délai d’un mois pour mettre en œuvre « des mesures compensatoires garantissant l’absence de risque d’explosion », « dès lors qu’une non-conformité nécessitant réparation immédiate ou un remplacement d’appareil est identifiée », puis d’un contrôle de la Direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement (DREAL) le 23 juin 2022 qui a mis en évidence d’autres non‑conformités (en matière de prévention des risques de fuites de composants chimiques).
Le 26 janvier 2025 au matin, une fuite de matières inflammables et toxiques sur un conteneur du site Nord est signalée. Pour Paul Poulain, l’incident illustre « un enchaînement de « marches dégradées » et d’incidents qui contredisent l’idée d’un site maîtrisant pleinement ses risques ».
Au passage, l’expert rappelle qu’avant ce drame du 22 décembre 2025, est survenu un autre accident aussi dramatique : en 2016, sur le même site de Saint‑Fons, une personne a trouvé la mort dans l’incendie de fûts de silicone, qui avait soufflé un entrepôt.
L’expert, qui a épluché la longue liste de rapports d’inspection publics concernant le site souligne qu’entre 2020 et 2023, « plusieurs inspections ont pointé des insuffisances durables de la défense incendie ne conduisant à un renforcement significatif des moyens de lutte contre l’incendie qu’après des mises en demeure répétées ».
Pour le spécialiste des risques industriels, le cas d’Elkem est symptomatique de carences plus générales en matière de gestion des risques et d’une certaine forme de deux poids deux mesures : des établissements recevant du public (discothèques, bars…) peuvent être fermés sur simple décision administrative pour des manquements ponctuels (vente d’alcool à des mineurs…). Mais, « dans le même temps, des sites industriels présentant un risque d’explosion majeur peuvent cumuler, sur plusieurs années, des mises en demeure, des non‑conformités répétées et des incidents significatifs sans que la suspension temporaire d’activité ne soit utilisée avec la même célérité, alors même que l’enjeu touche à la vie et à l’intégrité physique de centaines de travailleurs et de riverains. » La direction d’Elkem n’a pas encore répondu à nos questions.
Vous trouverez ci-dessous, un message d'un ancien militant syndicaliste CGT de la chimie du Rhône : Christian Albanese
"Bonjour à toutes et à tous,
Un terrible accident dans le laboratoire ELKEM Saint-Fons (ex-Rhône-Poulenc Silicones des années 90.
Pas revu une explosion aussi terrible dans un labo à Saint-Fons depuis celle au Labo de Rhône-Poulenc Sud le 17 juin 1966 qui avait tué 5 salariés : MM. Jacques Descroix, trente-deux ans, ingénieur-chimiste ; Roger Lehner, vingt-sept ans, chimiste ; André Christophe, vingt ans, aide-chimiste ; Marc Berne, vingt et un ans, aide-chimiste ; Gérard Montalbot, vingt et un ans, aide de laboratoire.
« On ne doit perdre sa vie à la gagner ! » pour reprendre ce slogan de 1968.
Et pourtant, 60 ans après, et de plus en plus dans nos industries, les accidents se multiplient et des salarié.e.s meurent ou sont mutilés on encore sont atteints de maladies d’origine professionnelle.
Le combat n’est pas terminé, bien au contraire.
Bien fraternellement.
Christian ALBANESE"
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