« On n’arrive plus à nourrir nos familles » : la colère monte chez les chauffeurs VTC à Orly
Depuis plusieurs soirs, des centaines de chauffeurs se mobilisent à l'aéroport d'Orly en filtrant les axes routiers pour dénoncer les conditions imposées par les plateformes VTC. Les pratiques, pour certaines illégales, étouffent financièrement les chauffeurs.
Ce mercredi 15 décembre au soir, des dizaines de chauffeurs VTC se sont réunis à l’aéroport d’Orly pour dénoncer les contrats imposés par les plateformes et réclamer de meilleures rémunérations. « Uber et compagnie ont signé un contrat avec les chauffeurs pour payer le km roulé 1 €. Mais en réalité, on est bien en dessous des 1 €. Les commissions qu’ils prennent, c’est quasiment 45 % du tarif de la course », déplore Softi*, chauffeur VTC depuis 10 ans.
Pour se faire entendre, les chauffeurs se donnent rendez-vous chaque soir sur le parking de l’aéroport, en filtrant les entrées des terminaux. L’objectif est d’inciter les autres chauffeurs à annuler leurs courses pour impacter les plateformes, et les convaincre de s’organiser dans le mouvement pour l’élargir et le renforcer. La majeure partie d’entre eux sont réceptifs aux revendications, et comptent rejoindre le mouvement.
Pour le moment, les chauffeurs se battent pour avoir un kilomètre roulé payé 2 €, une rémunération au kilométrage dès que la course est acceptée et un plafonnement de 15 % de la commission prise par les entreprises de VTC. « Il y a des chauffeurs qui font parfois 15-20 heures de travail en une journée et qui dorment dans leurs véhicules. Ce n’est pas normal », raconte Softi.
Pour imposer aux chauffeurs un rythme de travail effréné, les plateformes VTC délivrent des dizaines de milliers de cartes à l’issue d’une formation coûtant 20 euros. Cela permet d’aiguiser la concurrence entre chauffeurs et de maximiser les profits pour les plateformes comme Uber. C’est donc tout un système qui force les chauffeurs à se tuer à la tâche pour finir leurs fins de mois.
Au second trimestre, le leader du VTC, Uber, a enregistré un chiffre d’affaires de 10,7 milliards de dollars, soit une progression de 18 % par rapport à l’année dernière, et un bénéfice net de 1,8 milliard de dollars, contre 1 milliard un an plus tôt. Ces records montrent l’étendue des profits qu’engrange Uber sur le dos des chauffeurs, aidés notamment par Emmanuel Macron en 2015. Ce dernier a tout fait pour faciliter l’implantation d’Uber en France, et ce pour casser le monopole des taxis parisiens et accélérer l’uberisation des chauffeurs, qu’ils soient salariés ou à leur compte.
Contre cette offensive au long cours des plateformes VTC, la colère des chauffeurs a éclaté pour refuser de passer leurs vies à gagner des salaires de misère. Tous les soirs aux aéroports de Paris, mais aussi à Nice, où des chauffeurs se mobilisent pour arracher leurs revendications, malgré la répression de la police. « Des policiers ont menacé les chauffeurs de « tabasser des Arabes ». La plupart des chauffeurs sont soit des arabes, soit des noirs, il ne faut pas laisser passer ça », nous dit Khaled, chauffeur VTC depuis 8 ans.
Afin d’amplifier et d’élargir le mouvement, les chauffeurs appellent l’ensemble du secteur à venir se mobiliser à l’aéroport tous les soirs jusqu’au 18 décembre, jour de mobilisation des syndicats devant l’Assemblée nationale. « On va suivre la date en imposant nos propres mots d’ordre. C’est à nous de décider de nos revendications et de notre plan de bataille », rappelle Khaled.
Contre la mise en concurrence imposée par les plateformes VTC, les chauffeurs se mobilisent pour tenter de mettre un frein à la dégradation accélérée de leurs conditions de travail et de leur rémunération. Mais pour arracher de véritables avancées, il est nécessaire d’en finir avec le statut de « salarié indépendant » qui masque un système de précarisation des travailleurs corvéables à merci par les plateformes.
Dans un premier temps, il faut ainsi exiger l’embauche sans conditions et en CDI de tous les chauffeurs ainsi que des augmentations de salaires générales pour pouvoir vivre dignement. Mais, pour mettre un terme à la précarisation de l’emploi, il faudra aller plus loin en exigeant un service public des transports gratuit et accessible à tous, à salaire fixe et digne, sous contrôle des travailleurs du transports et de la population.
Valentin Lino
Article publié sur "commun, COMMUNE" blog El Diablo
/image%2F1385629%2F20251222%2Fob_6049c0_384477f8d435a4ab6fc0e28caf5c99-0a346.jpg)