C'est quoi ce « conseil de la paix » de Trump dont le siège est fixé à 1 milliard de dollars ?

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Au cours de cette transition aux contours encore flous, le Hamas doit rendre les armes et l’armée israélienne quitter le territoire palestinien. © SAUL LOEB / AFP

Au cours de cette transition aux contours encore flous, le Hamas doit rendre les armes et l’armée israélienne quitter le territoire palestinien. © SAUL LOEB / AFP

 

Si le Hamas semble vouloir avancer sur le chemin de la paix de Donald Trump, qui en profite pour s’ériger en roi du monde, le gouvernement israélien peste contre la composition des nouvelles institutions de transition. La « charte » de « ce conseil de la paix » ne mentionne pas explicitement le territoire palestinien et lui assigne l'objectif plus large de contribuer à la résolution de conflits armés dans le monde.

 

Le président américain sera le seul habilité à « inviter » d'autres chefs d'Etat et de gouvernement à l'intégrer... Les États candidats à un siège permanent devront s'acquitter de « plus d'un milliard de dollars ». 

 

Faut-il encore y croire ? Si Donald Trump a une conception presque antinomique de la paix, qui serait basée sur « la force » et l’intimidation, la cruauté qu’Israël déchaîne depuis plus de deux ans sur les Gazaouis fait de chaque nouvelle initiative un espoir.

 

La dernière d’entre elles est ce « conseil de la paix » dont se félicite ces derniers jours l’envoyé de Washington au Moyen-Orient, Steve Witkoff, et le président états-unien lui-même. « Nous sommes OFFICIELLEMENT entrés dans la prochaine phase du plan de paix en 20 points pour Gaza ! » a posté le républicain, après une première phase de cessez-le-feu largement violée par Tel-Aviv : plus de 450 personnes, dont une majorité de civils, ont été tuées depuis, selon le ministère de la Santé de Gaza, et l’aide humanitaire destinée à l’enclave palestinienne continue d’être entravée.

 

Ce conseil de la paix, composé de dirigeants de l’administration Trump ou d’Occidentaux comme l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, « vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits », selon sa charte.

 

Cette dernière s’attaque frontalement aux Nations unies, qualifiées « d’approches et institutions qui ont trop souvent échoué » et dont il faudrait « s’écarter ».

 

La charte de cette nouvelle officine états-unienne donne les pleins pouvoirs à Donald Trump, seule personne à être dotée d’un droit de veto ou à pouvoir inviter des États membres pour « un mandat d’une durée maximale de trois ans, renouvelable ». Cerise de rubis sur le gâteau : « Ce mandat de trois ans ne s’applique pas aux États membres qui versent plus d’un milliard de dollars en espèces au Conseil de paix », soit à Washington.

 

Parmi ceux qui ont reçu une « invitation » à siéger : le président russe Vladimir Poutine, mais aussi le président d’extrême droite argentin Javier Milei ou le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proches de Trump, ont eux aussi annoncé avoir été invités. La France, qui elle aussi, a reçu cette invitation « n’entend pas donner suite favorable », a déclaré à l’AFP l’entourage d’Emmanuel Macron. La « charte  soulève des questions majeures, en particulier quant au respect des principes et de la structure des Nations unies, qui ne sauraient en aucun cas être remis en cause », a-t-on ajouté de même source.

 

Et en Palestine, il est censé être complété d’un « gouvernement technocratique palestinien » – qui a tenu sa première réunion ce samedi – et d’un « comité national d’administration de Gaza », tous deux sous le haut patronage de la Maison-Blanche, qui « gouvernera Gaza pendant sa transition », selon son résident. Lequel a remercié les efforts de médiation de l’Égypte, du Qatar et de la Turquie.

 

Netanyahou échaudé par l’initiative unilatérale de son allié

 

Au cours de cette transition aux contours encore flous, le Hamas doit rendre les armes et l’armée israélienne quitter le territoire palestinien. La question du déploiement d’une force internationale de stabilité reste également en suspens, alors qu’Ali Shaath, ancien vice-ministre des Transports de l’Autorité palestinienne, a été nommé à la tête du comité d’administration, comme Nickolay Mladenov (ex-ministre bulgare de la Défense et des Affaires étrangères) à la direction des opérations de ce conseil de la paix.

 

« La formation du comité est une étape qui va dans la bonne direction, pour le cadre du Hamas Bassem Naim. C’est essentiel pour consolider le cessez-le-feu, empêcher un retour à la guerre, traiter la crise humanitaire catastrophique et préparer une reconstruction globale ». Au contraire, le Jihad islamique palestinien s’est dit ce week-end « surpris par la composition du prétendu ”conseil de paix” et par les noms annoncés, choisis selon des critères israéliens et servant les intérêts de l’occupation, ce qui témoigne clairement d’intentions négatives préméditées quant à la mise en œuvre de l’accord ».

 

Comme le Jihad islamique, le premier ministre israélien, Netanyahou, est échaudé par l’initiative unilatérale de son allié. Il a convoqué une réunion des membres du gouvernement de coalition Likoud-extrême droite, notamment pour protester contre la composition de cette nouvelle institution, qui « n’a pas été coordonnée avec Israël et va au contraire de sa politique », selon son cabinet.

 

La présence du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, irriterait Tel-Aviv, autant que l’invitation lancée par Trump au président Erdogan pour qu’il rejoigne le conseil de la paix, à l’instar de nombreux autres dirigeants. Un énième prétexte pour faire capoter toute « paix » que les Palestiniens, qui n’ont pas leur propre destin entre leurs mains, ne peuvent qu’espérer.

 

Axel Nodinot  Article publié dans l'Humanité

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