Capgemini va supprimer jusqu’à 2 400 postes en France
Le géant de l’informatique tricolore a annoncé son intention de sabrer dans l’emploi, dans des proportions inédites. Les syndicats dénoncent une logique essentiellement financière.
C’est un coup de tonnerre auquel ils n’étaient pas préparés. Quand ils sont arrivés ce mardi matin au siège de Capgemini, à Issy-les-Moulineaux (92), les syndicalistes du groupe étaient persuadés d’assister à une banale réunion d’information. Ils en sont ressortis abasourdis par l’énormité de l’annonce : jusqu’à 2 400 emplois pourraient être supprimés en France (soit 7 % des effectifs), au moyen de reconversions internes et d’une rupture conventionnelle collective (RCC).
« Je suis dans la boîte depuis 2005 et je n’ai jamais vu ça »
Le groupe d’environ 355 000 salariés dans le monde a indiqué que ce « projet » devait être présenté aux instances représentatives du personnel (vraisemblablement le 29 janvier) et fera l’objet d’une négociation avec les organisations syndicales.
Pour se justifier, il invoque « un environnement économique marqué par une croissance modérée et des défis majeurs pour certaines industries » et dit vouloir « se transformer pour répondre aux challenges et opportunités créés par l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle » (IA).
« Je suis dans la boîte depuis 2005 et je n’avais jamais vu ça, nous explique, encore soufflé, l’un des participants à la réunion du mardi matin. Ce n’est pas du tout dans la culture d’entreprise maison : en règle générale, Capgemini cherche à préserver l’emploi. » Et pour Yacine Baghou, co-secrétaire général de la CGT Capgemini : « D’habitude, le groupe essaie de protéger son image. Pour moi, il s’agit surtout d’envoyer un signal aux investisseurs et à la bourse : ils préviennent qu’ils vont faire le sale boulot pour rassurer les actionnaires quant aux dividendes versés à la fin de l’année. »
Un groupe ultra-financiarisé
Capgemini n’a pourtant jamais fait preuve de pingrerie en la matière. En juillet dernier, il avait indiqué avoir versé 578 millions d’euros de dividendes au 1er semestre 2025, au titre de l’exercice 2024. Et en 2024, il avait versé à ses actionnaires 580 millions d’euros en dividendes et 972 millions d’euros en rachats d’actions.
Plus généralement, le groupe aura du mal à justifier la restructuration par des résultats chancelants. Certes, les chiffres donnés pour le 1er semestre affichent une baisse plus ou moins significative (11,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en recul de 0,3 %, avec 724 millions d’€ de résultat net, en baisse de 13 %), mais le groupe affiche toujours un taux de marge robuste de 12,4 % et n’est pas au bord de la faillite.
« Tout est boursier chez Capgemini, reprend Yacine Baghou. La gestion des effectifs, par exemple, s’inscrit dans une perspective purement financière. On ne vend que du service aux entreprises, donc nos seuls coûts importants sont liés aux salaires et aux bureaux. Et ils cherchent toujours à réduire ces deux postes… »
Sources : l'Humanité
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