CN du PCF 10 janvier. Projet communiste et transition révolutionnaire. Par Denis Durand

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

CN du PCF 10 janvier. Projet communiste et transition révolutionnaire. Par Denis Durand

 

Je remercie Hervé et les membres du groupe de travail pour la qualité de nos débats. Voici quelques observations dont j’ai fait part dans ces débats et qui font l’objet d’un exposé très détaillé dans un document remis au groupe de travail et disponible pour la procédure de préparation du congrès.

 

  1. Au 39ème congrès, nous avons donné la définition suivante de ce que nous avons appelé le projet communiste : « le communisme est ainsi à la fois l’objectif et le chemin menant à une société de partage des richesses, mais aussi des pouvoirs, des savoirs et des rôles : une société sans classes, sans guerres, dépassant les États nationaux ; une société où domination, exploitation, discriminations et aliénations sont abolies. »

 

Nous avons également donné des indications concrètes sur le « chemin », par exemple le processus de dépassement du marché du travail par la construction d’une sécurité d’emploi ou de formation. Il me semble qu’on peut qualifier de « socialiste » ce « chemin », c’est-à-dire à la fois le processus de lutte contre le capital jusqu’à son dépassement complet, et l’état de la société lorsque cette transition est engagée.

 

2. Je crois important de souligner que ce chemin est inséparable du « but final ». Notre projet possède en effet toute la radicalité des premières utopies communistes, rationalisée et politisée par le travail que Marx et Engels ont effectué dès le Manifeste de 1848, qu’ils ont poursuivi et approfondi jusqu’à la fin de leur vie et que leurs disciples se sont attachés à continuer jusqu’à nos jours. Le but, au-delà de la seule propriété collective des moyens de production, c’est l’émancipation de l’exploitation capitaliste, et l’émancipation de toutes les dominations.

 

3. Cette radicalité du but final imprime ses traits à la transition qui y conduit. Le dépassement du capitalisme ne peut pas se réduire à l’exercice d’un pouvoir gouvernemental. Il exige la conquête par les citoyennes et citoyens de pouvoirs décentralisés, dépassant les délégations de pouvoir de la République bourgeoise. Et la conquête par les salariées et salariés de pouvoirs autogestionnaires contre le capital dans tous les lieux où ces pouvoirs s’exercent, à commencer par les entreprises et les institutions financières. Pour l’emporter, les travailleuses et travailleurs doivent disposer de critères de gestion à opposer concrètement au critère de rentabilité du capital. C’est cette exigence qui fonde, par exemple, la démonstration qu’Esteban vient de nous faire sur la nécessité de nationaliser l’industrie sidérurgique.

 

4. À l’inverse, les échecs historiques du mouvement d’émancipation depuis la deuxième moitié du XXe siècle sont liés à l’absence de tels critères d’efficacité économique et écologique. C’est une des leçons qu’il convient de tirer de la défaite de l’URSS. En ce qui concerne la France, après la victoire électorale de 1981, le gouvernement de gauche jouissait des pouvoirs exorbitants que la Cinquième république confère à l’exécutif, et les nationalisations industrielles, l’étatisation quasi-complète du secteur bancaire, le contrôle des taux d’intérêt et des mouvements de capitaux… avaient poussé l’emprise de l’État national sur l’économie à un degré jamais atteint. Et pourtant, en l’absence d’une mobilisation populaire suffisante et suffisamment nourrie d’alternatives concrètes aux gestions capitalistes, cet État s’est trouvé impuissant face au déferlement de la mondialisation financière néolibérale, jusqu’à en devenir le premier complice à partir de 1983.

 

5. En résumé, le triptyque nationalisations – planification – investissement, qui a connu des succès si remarquables – jusqu’à la Chine des dernières décennies – dans la construction de puissances industrielles, s’avère très insuffisant au XXIe siècle, dans le contexte de la révolution informationnelle et des exigences d’autonomie des travailleurs, de développement de toutes leurs capacités créatives, qu’elle comporte.

 

6. Accéder à la tête du gouvernement ne peut donc pas être un but en soi mais un moyen de contribuer, avec de nouvelles institutions, à une prise de pouvoir décentralisée par les citoyennes et citoyens, et à une prise de pouvoir autogestionnaire par les salariées et salariés.

 

7. C’est aussi ce qui donne toute son importance au développement de services publics profondément démocratisés comme dimension majeure de la transition révolutionnaire vers le communisme. L’accent que nous mettons sur l’exercice de pouvoirs directs par les usagers et les agents de ces services publics est une nouveauté révolutionnaire. Les services publics ne sont pas l’État. L’État a une double nature : représentant de l’ensemble de la société, et « force placée au-dessus de la société » pour maintenir les dominations de classe.

 

Développer massivement les services publics, c’est faire reculer ce deuxième aspect. On peut dire que c’est une modalité concrète du dépérissement de l’État tel que le conçoit la tradition marxiste.

Publié dans PCF, 40 ème congrès

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