Intervention d'Evelyne Ternant au CN du PCF du 10 janvier

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Intervention d'Evelyne Ternant au CN du PCF du 10 janvier

 

L’enjeu est de veiller à ce que le poids des échéances électorales de 2027 ne recouvre pas le congrès, car avons besoin d’un vrai congrès, qui donne un cap clair pour remotiver et mettre en action de notre force militante, ce qui implique un retour critique et sans faux-fuyant sur nos difficultés actuelles.

 

Il s’agit non pas de remettre en débat les orientations des 38 e et 39 e congrès, mais de procéder à une évaluation de leur mise en application.
 

En prenant le risque de résumer la ligne directrice des deux derniers congrès, j’avancerais deux points :
 

-remettre au centre de nos batailles la confrontation au capital, ses pouvoirs, sa logique, sur la base d’une analyse marxiste actualisée du capitalisme et de sa crise systémique ;
 

- agir en faveur d’un large rassemblement populaire, faisant converger, au-delà du salariat, dont l’unité est à construire, toutes les victimes du pilotage par la rentabilité du capital, car il malmène la société tout entière, à partir de la diversité de leurs luttes, dont nos avons dit qu’elles ne sont pas à hiérarchiser : protection sociale, retraite, environnement, services publics, féminisme, discriminations, …
 

Cela impliquait :
 

1- de ne pas faire de la répartition des richesses et de la fiscalité redistributive le centre d’une politique économique alternative, même s’il est facile de dénoncer l’indécence des fortunes des ultra-riches. Ce créneau-là, c’est celui de la social-démocratie (surtout quand elle est dans l’opposition !)
 

2-de mettre en avant notre spécificité communiste, avec :
 

* d’une part, l’explication sans relâche des critères du capital, qui conduisent aux suppressions d’emplois, aux atteintes à l’environnement, aux délocalisations et aux spéculations boursières qui désindustrialisent, aux gâchis en tous genres ;
 

*d’autre part, la pédagogie des leviers pour les faire reculer, pour faire reculer du même coup le fatalisme de l’horizon indépassable du capitalisme, tels que, sans être exhaustif :


-la conditionnalité vertueuse pour l’emploi et l’environnement, non seulement des aides publiques, ce qui est le cas en particulier depuis le rapport de Fabien Gay, mais aussi du crédit bancaire et des impôts ;
-de nouvelles institutions donnant des pouvoirs aux salariés et aux citoyens pour l’imposer ;
-un nouvel âge de la sécurité sociale avec la Sécurité d’Emploi ou de Formation, pour contrer la marchandisation de la force de travail.


 

La communication officielle du parti, écrite et orale, a-t-elle porté avec constance et conviction ce projet de transformation des rapports de production capitalistes ? Est-ce que nous avons produit les actes politiques utiles pour tirer le rassemblement des forces progressistes vers le haut, sur ces contenus transformateurs, en commençant par mettre en discussion dans le pays, avec les citoyens, ce premier pas que constituait le programme du NFP, pour en dépasser les limites ?
 

Et si la réponse à ces questions est : « pas suffisamment », comment corriger le tir ?
 

Quelles sont les prises de positions ayant fracturé le parti, jusque dans ses instances dirigeantes, qui méritent d’être mises en débat ? Comment fonctionner différemment, pour que l’élaboration politique soit moins verticale et centralisée, plus collective, et que, en cas de débat, ce dernier soit mis entre les mains des communistes et tranché démocratiquement ?

 

Telles sont pour moi les questions à traiter pour sortir de l’inquiétude et du doute qui saisissent beaucoup de communistes, face à une insuffisance de perspective transformatrice doublée d’un certain flou sur la stratégie de rassemblement.

 

Parmi les sujets sur lesquels il devrait à mon avis y avoir débat et retour critique sur notre  :
 

-une certaine perméabilité à la montée des idées souverainistes dans la société, qui a marqué la campagne des européennes, et perdure…Ce que nous défendons c’est la souveraineté populaire, qui n’est respectée nulle part, ni au niveau national, (non-respect du résultat des élections législatives), ni au niveau européen (non-respect du vite sur le TCE, etc..).


-une conception étatiste du changement, par le haut, véhiculée avec la notion « d’état fort », « d’état stratège », alors que les enseignements de l’histoire nous ont conduits à concevoir le dépassement du capitalisme par un large mouvement populaire autogestionnaire. Le débat sur le socialisme devrait nous permettre de clarifier ce point.


-la question du travail : le fait de vouloir identifier le PCF au « parti du travail » avec le slogan « parti pris du travail » porte le risque -vérifié dans les discussions avec des syndicalistes - d’être confondus avec les partis de droite et leur idéologie réactionnaire du « travailler plus ». Mais surtout, dans un moment de crise du travail sans précédent, aliéné par les rapports capitalistes, cette identification ne donne pas à voir l’objectif d’émancipation qui fonde notre engagement communiste, lequel passe non seulement par un travail « désaliéné », mais aussi par un substantiel accroissement d’un « hors travail » lui aussi émancipé.

 

Enfin, cette identification restrictive qui s’adresse aux seuls travailleuses et travailleurs est excluante pour le reste de la société : la jeunesse, les précaires et chômeurs exclus durablement de l’emploi, le monde de la création, les retraités, etc..


-notre rapport aux luttes : soutien et suivisme des organisations syndicales, ou politisation par une mise en perspective de propositions transformatrices, en particulier le projet de SEF ?


-le fonctionnement, dont celui de la direction nationale qui doit remédier à deux défauts majeurs : un pouvoir de décision trop centralisé, vertical et opaque, du fait de l’absence d’un secrétariat élu par le CEN ; des instances de direction, CEN et le CN, qui enregistrent plus souvent qu’elles ne décident, ce qui explique largement la défection qu’elles subissent.

 

Notre parti ne pourra pas survivre à une existence limitée aux interventions médiatiques et aux élections. Stopper la spirale du déclin nécessite qu’il y ait à tous les échelons du parti appropriation et diffusion d’idées et d’actions novatrices guidées par le projet communiste. Tel est pour moi l’enjeu du congrès.

 


 

Publié dans PCF, 40 ème congrès

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