LVMH : les salariés des maisons de Champagne se mettent en grève...
Le syndicat dans son ensemble – ouvriers, employés, techniciens et cadres – organise une deuxième journée de mobilisation ce jeudi 15 janvier. © Thibaud MORITZ / AFP
Juste avant la clôture des comptes de LVMH, la CGT appelle les salariés champenois à la mobilisation ce jeudi 15 janvier pour réclamer leur participation aux bénéfices, dont ils sont privés pour la première fois.
Quand on est employé par un géant du luxe comme LVMH, la prime de participation peut représenter entre 15 et 30 % du revenu annuel. Pour la première fois, depuis soixante ans que le groupe existe sous cette forme, ses salariés vont être privés de cette part variable de revenu, comme ils l’ont été de prime de fin d’année.
La direction le justifie par des résultats en baisse, pour la deuxième année d’affilée. Un argument difficilement entendable, car « LVMH a pourtant versé à ses actionnaires un acompte de dividendes identique à celui de l’année dernière, et c’est nous seuls, les salariés qui produisons la valeur, qui devons-nous serrer la ceinture ! » conteste Alexandre Rigaud, délégué CGT chez Moët & Chandon, le « M » de LVMH.
Alors, le syndicat dans son ensemble – ouvriers, employés, techniciens et cadres – organise une deuxième journée de mobilisation ce jeudi 15 janvier. Une première avait suivi l’annonce de la suppression des primes, le 5 décembre, et la CGT avait rassemblé près de 600 salariés en colère à Epernay (Marne), devant les caves de Moët.
Cette fois ce sera à Reims, devant la maison de la Veuve Clicquot Ponsardin, également propriété de LVMH. « Il s’agit de mettre la pression avant la clôture des comptes, le 19 janvier », précise Alexandre Rigaud. Des salariés de toutes les autres maisons du groupe, Moët, Ruinard, Mercier, Dom Pérignon et Krug, tous concernés par la baisse des revenus, seront mobilisés.
1 200 postes en moins sur trois ans
Le contexte social est morose dans la branche vins et spiritueux du géant du luxe. Les menaces de scission du groupe ont été quelque peu apaisées par l’arrivée du fils du patron, Alexandre Arnault, comme n° 2 de LVMH l’année dernière : « C’est au moins la preuve que le champagne et le cognac importent encore à Bernard Arnault », estimaient alors les syndicats. L’alcool pèserait sur l’image de marque de la multinationale de luxe, dans certains pays. « C’est vrai qu’en termes de chiffre d’affaires, on pèse moins que Sephora, mais les bonnes années on réalise 30 % de marge, c’est important pour les résultats du groupe », grince le délégué CGT.
La mesure phare de la nouvelle direction reste l’annonce d’une baisse d’effectifs de 1 200 postes sur trois ans. « Déjà, 450 départs n’ont pas été remplacés, principalement au siège ou dans les services techniques, précise Alexandre Rigaud. Chez nous, à la production, ce sont surtout les précaires, les CDD et les intérimaires, qui font les frais des mesures d’économie. »
La ligne est en tout cas celle-là : couper dans les coûts, mais pas de réorientation stratégique. Pour écouler ses stocks accumulés et maintenir des prix élevés, LVMH mise sur le marketing et surtout une baisse de la production.
En champagne, les volumes récoltés pour l’AOC sont votés chaque année par les producteurs. La multinationale de Bernard Arnault, qui représente environ 30 % des volumes et 50 % de la valeur du champagne, a donc pu imposer à tous une baisse de rendement, en passant de 12 000 kg de raisins récoltés en 2024 à moins de 11 000 kg l’année suivante. Alors les vendanges 2025, bien qu’elles furent bonnes, donneront près de 60 millions de bouteilles de champagne en moins qu’il y a trois ans.
Pierric Marissal Article publié dans l'Humanité
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