Passes d’armes entre Emmanuel Macron et Donald Trump...

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Le 20 janvier 2026, à Davos, face aux menaces économiques des États-Unis, Emmanuel Macron a appelé les 27 membres de l’UE à « utiliser » l’instrument « anticoercition » datant de 2023. Quelques heures plus tard, le parlement européen annonçait qu’il suspendait le processus de ratification de l’accord commercial avec Washingtons. © Sean Kilpatrick/ZUMA-REA

Le 20 janvier 2026, à Davos, face aux menaces économiques des États-Unis, Emmanuel Macron a appelé les 27 membres de l’UE à « utiliser » l’instrument « anticoercition » datant de 2023. Quelques heures plus tard, le parlement européen annonçait qu’il suspendait le processus de ratification de l’accord commercial avec Washingtons. © Sean Kilpatrick/ZUMA-REA

 

Le président des États-Unis, qui entend acquérir le Groenland et imposer son « conseil de la paix », n’accepte pas le refus des Européens. Face au chantage économique, Macron a appelé à une réaction forte des Vingt-Sept. Le Parlement européen a gelé la ratification de l’accord commercial avec Washington.

 

Entre Donald Trump et les Vingt-Sept, l’affrontement prend une tournure de plus en plus virulente. Dernière escalade, les eurodéputés ont décidé de suspendre le processus de ratification de l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis. Une première réponse face aux menaces répétées du président républicain d’augmenter les tarifs douaniers pour pousser les dirigeants européens à céder le territoire autonome danois, le Groenland, ou acter la création de son « conseil de la paix ».

 

Un « accord majoritaire » a été trouvé au sein des groupes politiques du Parlement européen pour geler ce traité conclu l’an dernier entre les États-Unis et l’Union européenne, a assuré la présidente du groupe l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates, Iratxe Garcia Pérez.

 

Le Parti populaire européen (PPE, droite), qui regroupe le plus d’élus, a également confirmé ce gel. L’accord prévoyait des droits de douane de 15 % sur les exportations européennes vers les États-Unis, et leur suppression en ce qui concerne les exportations états-uniennes vers l’UE. « C’est la moindre des choses. Mais cet accord n’aurait jamais dû voir le jour. Il est temps de répondre aux menaces de Trump en refusant de jouer avec ses propres règles », a réagi la dirigeante du groupe La Gauche M. Aubry.

 

« Un monde sans loi »

 

La crise ouverte entre les États-Unis et une partie des dirigeants européens avait déjà rebondi au forum économique mondial de Davos, en Suisse. Face aux menaces économiques des États-Unis pour faire plier l’Europe, Macron a appelé les 27 membres de l’UE à « utiliser » l’instrument « anticoercition » datant de 2023. Il s’agit d’un large éventail économique : gel de l’accès aux marchés publics européens, blocage de certains investissements, contrôle des exportations.

 

En Suisse, le représentant au Commerce de la Maison-Blanche, Jamieson Greer, a justifié ainsi cette démarche d’une hausse des tarifs de Donald Trump : elle constitue un « usage approprié des droits de douane ». Trump devrait expliquer sa stratégie, lors d’un discours devant le forum. Il a été devancé mardi par Macron, qui a tenu à répondre aux pressions répétées de son homologue américain dans cette séquence diplomatique. « Nous entrons dans un monde sans loi où le droit international est bafoué », a-t-il lancé, en ajoutant préférer « le respect plutôt que les brutes » et « l’État de droit plutôt que la brutalité ». Pourtant quelques jours avant, il assurait devant les armés que, « pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ».

 

« Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland »

 

Depuis lundi, Donald Trump a opté pour l’affrontement avec Macron. Le refus du dirigeant français de faire partie du « conseil de paix » a provoqué l’ire du milliardaire. Ce dernier a menacé la France d’imposer des droits de douane de 200 % sur le vin et le champagne si Macron maintenait sa position. Un an après son retour au pouvoir, le président états-unien poursuit son projet de redéfinir le cadre des relations internationales et de ses institutions datant de 1945.

 

Ce « conseil de paix » apparaît comme une tentative de court-circuiter l’ONU en créant un nouvel organe présidé par Donald Trump, qui a invité une soixantaine de pays (Canada, Grande-Bretagne, Arabie saoudite, Russie, Ukraine…) à en faire partie. Une attaque de plus contre le multilatéralisme avec une charte qui prévoirait qu’un siège permanent puisse être obtenu contre 1 milliard de dollars.

 

« La France et l’Europe sont attachées à la souveraineté nationale et à l’indépendance, et aux Nations unies et à leur charte », a répété Macron à Davos. Pourtant, il a participé à son affaiblissement en ne condamnant pas encore ces derniers mois plusieurs violations du droit international. En juin, il avait acté le droit d’Israël à se défendre en menant une guerre préventive contre l’Iran.

 

Début janvier après l’enlèvement du président Nicolas Maduro par les États-Unis, Macron avait estimé que les Vénézuéliens ne pouvaient que se « réjouir » d’être « débarrassés » de la « dictature ». Sur l’Ukraine, la signature d’une déclaration d’intention, le 6 janvier, qui porte sur l’après-guerre et le déploiement d’une force notamment française sans passer par le cadre des Nations unies peut également interpeller.

 

Dans cette passe d’armes diplomatique, Donald Trump a également publié un message privé de son homologue français, lundi. Authentifié mardi par l’entourage du président français, Macron écrit : « Mon ami, nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland. »

 

Et ce dernier a proposé la tenue d’un G7 à Paris, jeudi, avec « les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes » pour évoquer les divergences. Une invitation rejetée par Trump qui en a profité pour railler à nouveau son homologue français : « J’aime bien Macron, mais il ne va pas rester là très longtemps ».

 

Quant à la question de savoir jusqu’où il est prêt à aller pour « acquérir le Groenland », le locataire de la Maison Blanche a lâché : « Vous le découvrirez ». « Je pense qu’il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde », a-t-il ajouté avant de s’envoler pour Davos.

 

Vadim Kamenka  Article publié dans l'Humanité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article