Un deal entre Lecornu et le PS pour piétiner les promesses !

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Un deal entre Lecornu et le PS pour piétiner les promesses !

 

 la prononçant sept fois à la tribune de l’Assemblée, Lecornu a voulu imprimer la phrase comme le mantra de sa déclaration de politique générale. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », a t-il martelé le 14 octobre 2025, dans une promesse formulée à la représentation nationale.

 

Ce jour-là, 1er ministre se montre définitif. « Sans 49-3, sans majorité absolue, le Parlement aura le dernier mot », assure-t-il aux député·es. Et plus tard : « Renoncer à utiliser l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, c’est la garantie pour l’Assemblée que le débat, notamment budgétaire, vivra, ira jusqu’au bout. Jusqu’au vote. »

 

Les promesses d’automne, déjà bien mal en point, ont volé en éclats ce 19 janvier. Après des semaines de faux suspense, Lecornu a annoncé qu’il utiliserait l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le projet de loi de finances (PLF) pour 2026. Un conseil des ministres l’a autorisé à engager la responsabilité du gouvernement, condition indispensable pour l’activation de la procédure. 

 

« J’avais fait un pari », a nuancé Lecornu pour expliquer son revirement, qu’il effectue avec « regret » et « amertume ». « Pour tenir ma parole, il faudrait que je m’entête ». Parmi ses prétextes, le fait que « les choses se [seraient] gâtées depuis Noël », citant le « raidissement » à l’Assemblée, les tentatives de « pression » et de « sabotage » de La France insoumise (LFI) et du RN, ou la « désertion » des écolos et des communistes…

 

Le 1er ministre compte sur le soutien du Parti socialiste (PS) pour survivre aux motions de censure qui vont être déposées. Les discussions se sont multipliées entre l’exécutif et l’état-major du PS pour garantir l’engagement des uns et des autres.

 

Le deal avec les socialistes...

 

Les dernières concessions ont été formalisées lors d’une allocution de Sébastien Lecornu à Matignon. Hausse de la prime d’activité, maintien des bourses étudiantes et de MaPrimeRénov’, généralisation du repas à 1€ pour les étudiant·es, création de 2 000 postes dans l’Éducation nationale, augmentation des moyens des bailleurs sociaux : quelques demandes du PS ont été reprises, dans un ballet soigneusement orchestré, pour la mouture finale du budget.

 

Si la responsabilité du recours au 49-3 revient au chef de l’exécutif, le revirement est celui du Parti socialiste. Pendant des mois, Il avait fait de la non-utilisation du 49-3 une condition sine qua non de la non-censure du gouvernement. Une ligne qui avait été qualifiée en coulisses de « vraie connerie », tant par Vallaud, le président du groupe à l’Assemblée, que par Hollande, face à l’impossibilité de réunir une majorité sur le budget de l’État qui supprime 7 milliards aux collectivités, 6 milliards à la Sécu, sacrifie tous les ministères sauf ceux des missions régaliennes de l'Etat et la Défense qui perçoit 6,5 milliards supplémentaires pour faire la guerre à des menaces invisibles ! Par ailleurs concernant les recettes les super-riches et le capital seront à nouveau épargnés aggravant le déficit budgétaire.

 

Les miettes mises sur la table ce week-end par le 1er ministre ne font pas le poids dans ce budget d'austérité et d'économie de guerre ! 

 

Le 1er secrétaire du Parti socialiste aurait d’ailleurs confié que sa préférence irait à un passage du budget par ordonnances, ce qui lui permettrait de ne pas se dédire. Une position très minoritaire, au point que Vallaud a souligné ce week-end dans Le Parisien que passer par ordonnances serait un « pari aventureux » – manière de suggérer que les députés socialistes pourraient appuyer sur le bouton de la censure. « L’ordonnance est périlleuse sur le plan politique », a abondé Hollande, ajoutant que pour lui, « le 49-3 [était] la meilleure des procédures ».

 

Ces conseils ont convaincu un exécutif hésitant. Ministres, conseillers et conseillères du pouvoir évaluaient les deux options avec circonspection. « Le 49-3, on met ce qu’on veut dedans mais attention : à la fin, on peut avoir la censure sans le budget, alertait un membre du gouvernement. Les ordonnances garantissent au moins un budget, même si le gouvernement tombe. » L’argument de la sécurité apportée par les ordonnances est venu de l’Élysée. Plusieurs sources au sein de l’exécutif confirment la volonté de Macron d’en finir au plus vite avec le budget qui empoisonne l’agenda politique. Sous pression socialiste, Lecornu a fini par opter, avec l’aval de Macron, pour le 49-3.  C’est pourtant l’option plus dévastatrice, à titre personnel, pour ce 1er ministre qui a fait la promesse d’une méthode faite d’écoute et de respect de la parole donnée.

 

LFI dépose une motion de censure

 

Cet ultime renoncement socialiste s’ajoute à la liste de ses précédents renoncements pendant l’automne budgétaire notamment les 63 des 69 député·es socialistes qui ont adopté le budget de la Sécurité sociale le 9 décembre 2025. Après avoir, là encore, fait de la taxe Zucman une revendication centrale dans la perspective d’un compromis avec le gouvernement sur le PLF, le PS a finalement renoncé après le refus dudit « bloc central ».

 

« À partir du moment où on a décidé de continuer les discussions même sans taxe Zucman, c’est là qu’on a pris notre vraie décision stratégique », reconnaît le député socialiste Baumel. Aujourd’hui, il juge la situation : « Nous sommes à un point d’équilibre entre nos valeurs et le réalisme budgétaire, entre notre identité et la responsabilité. Ce 49-3 est la façon de consacrer ce compromis. » « Dans le monde réel, les gens se foutent de savoir comment est passé le texte, ajoute Baumel. Ce qui est important, c’est le contenu du budget et l’apaisement général qu’il permet pour le pays. »

 

À gauche, LFI a déjà annoncé, par la voix de la présidente du groupe Mathilde Panot, le dépôt d’une motion de censure qui pourrait être examinée dès vendredi. Elle a dénoncé sur les réseaux sociaux le « comble du ridicule » atteint par le PS.

 

L’extrême droite a également vivement réagi aux annonces de Lecornu. « Les marchandages d’appareils n’ont jamais constitué une majorité viable pour le pays, a réagi le président du RN, Bardella. En annonçant le recours au 49-3, le 1er ministre reconnaît que son gouvernement est minoritaire à l’Assemblée et frappé d’illégitimité démocratique. Seul le retour aux urnes permettra de sortir par le haut d’une crise de direction qui coûte cher à la France. »

 

Sources : Médiapart

 

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