ArcelorMittal ; Macron lance un four électrique à Dunkerque mais qui ne régle pas le devenir de notre Sidérurgie menacé !
Macron en grandes pompes, est venu annoncer la construction d’un four électrique sur le site de Dunkerque. La CGT dénonce « un verre à moitié plein », alors que 600 suppressions de postes sont toujours prévues en France, au sein d’un groupe massivement subventionné par des fonds publics.
Aux côtés de Reiner Blaschek, PDG d’ArcelorMittal Europe, Macron s’est affiché au milieu des hauts fourneaux de Dunkerque (Nord) pour annoncer, ce 10 février, la construction d’un four électrique. « Nous avons besoin d’acier pour la croissance et l’emploi, la décarbonation et la souveraineté européenne. Ces annonces consolident ces objectifs », a fanfaronné, le casque sur la tête, le chef de l’État.
Sur les 1,3 milliard investis dans le projet, 50 % seront supportés par l’État, au travers de certificats d’économie d’énergie (CEE), un mécanisme réglementaire qui encourage les économies d’énergie et la réduction de CO2. « Avec ces investissements stratégiques, ArcelorMittal confirme son attachement à la France et à l’Europe », précise la direction du groupe, qui a aussi confirmé le déblocage de 500 millions sur le site de Mardyck (Nord), dans une nouvelle unité de production d’aciers électriques.
« Les ambitions sont en baisse », pour la CGT
« Ces annonces font figure de verre à moitié plein », réagit G. Lecocq, délégué syndical CGT du site de Dunkerque. Initialement, en janvier 2024, le projet de décarbonation d'ArcelorMittal prévoyait la construction de deux fours électriques, ainsi que d’une unité de réduction de fer, nécessaire pour alimenter ces fours en hydrogène. « Les ambitions sont en baisse et l’horizon se noircit pour la sidérurgie française », insiste le cégétiste.
Le démarrage du nouveau four électrique est prévu pour 2029 avec une capacité de production de 2 millions de tonnes d’acier par an. Or « Notre capacité actuelle de production est de 5,5 millions de tonnes. Si bien que le site de Dunkerque ne sera pas rentable avec ce seul four », prévient la CGT. Un enjeu considérable sachant que près de 10 000 emplois indirects découlent de la production de l’acier dans le Nord.
Touchée par la flambée des prix de l’énergie, la production d’acier est dans le dur, passant de 160 millions de tonnes produites en Europe, à 130 millions. Macron a salué la mise en place de quotas d’importation d’acier aux frontières de l’Europe « pour protéger les productions », en imposant 50 % de droits de douane supplémentaires au-delà de 13 % d’importation étrangère. En outre, ArcelorMittal et EDF se sont accordés pour sécuriser l’approvisionnement en électricité bas carbone sur une durée de 18 ans.
Mais « Et Mittal dans tout cela ? Toujours aucun investissement effectué sur la décarbonation, étape obligatoire pour pérenniser la sidérurgie en Europe, malgré des millions d’aides publiques octroyées sans aucune contrepartie », note la CFDT, qui avait boycotté les annonces élyséennes.
En 2025, le groupe Mittal avait réalisé un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars. Un exercice multiplié par 2,5 par rapport à 2024.
Le Sénat doit se prononcer sur la nationalisation le 25 février
L’annonce de la construction d’un four électrique à Dunkerque est faite au moment où un accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde est finalisé. Cette annonce, les sommes publiques annoncées et les suppressions d'emplois en cours renforcent l'urgence de nationaliser ce groupe !
« Or, l’acier européen produit en Europe par Mittal est concurrencé par celui produit en Inde… par Mittal », tance Gaëtan Lecocq. Selon la CGT, « en l’état, le projet industriel à Dunkerque confirme le plan de suppression de 636 emplois, ainsi que le plan Zénith qui prévoit de couper dans 5 600 emplois en Europe, dont 1 650 en France d’ici 2027 ». Pourtant, Macron défend encore ces annonces : « J’ai lu ceux qui regrettaient l’abandon de deux fours et du processus hydrogène. Et d’autres qui proposent de nationaliser. Je sais d’où l’on vient : depuis trois ans, notre sidérurgie européenne est sous le feu d’attaques et fait face à un grand risque. »
Adoptée le 27 novembre, à l’Assemblée, la proposition de loi pour nationaliser ArcelorMittal serait présentée au Sénat le 25 février par le groupe communiste.
Chiffrée entre 1 à 2 milliards, cette mesure rencontre l’opposition du gouvernement et de la droite Les Républicains, qui ont déjà repoussé un texte similaire le 30 octobre. La nationalisation d’ArcelorMittal exigée par le PCF et par la CGT, « sans quoi nous perdrons une production stratégique », prévenait Sophie Binet, alors que 100 000 emplois sont menacés en France avec les plans de suppressions d'emplois annoncés.
Rappelons qu'à la fin janvier, le titre du sidérurgiste a dépassé les 48 euros, porté par une hausse de plus de 135 % sur un an. Cette dynamique s'explique par un troisième trimestre jugé solide par les marchés, la sécurisation en France du prix de l’électricité pour les dix-huit prochaines années, et un plan européen destiné à protéger l’acier produit sur le continent face à la concurrence.
Pourtant, cette embellie n’a pas infléchi la stratégie d'ArceloMittal en Europe. Le 29 janvier, la direction a annoncé le lancement d’une nouvelle phase d’analyse visant la délocalisation des fonctions support — informatique, logistique, maintenance — vers l’Inde. Selon le comité d’entreprise européen, plus de 5 600 salariés sont concernés dans vingt pays, dont 1 650 en France. Une réalité qui n'a pas empêché Macron de jouer les gros bras, l'espace d'une journée, sur le site de Dunkerque !
Sources : l'Humanité et la CGT
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