Droits de douane : Trump dans les cordes !

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Droits de douane : Trump dans les cordes !
 
 
Par une décision rendue à six voix contre trois, la Cour suprême a statué que Donald Trump avait violé le droit fédéral en imposant unilatéralement des droits de douane généralisés à travers le monde. Les juges Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch, tous deux nommés par Trump, se sont joints au juge en chef John Roberts et aux trois juges progressistes pour former la majorité.
 
 
Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche peu après le verdict, Trump a clairement manifesté sa colère et a qualifié la décision de la Cour suprême de « profondément décevante ». « J’ai honte de certains membres de la Cour », a déclaré Trump, qualifiant les juges majoritaires de « honte pour notre nation ».
 
 
Trump a même qualifié le juge Kavanaugh de « héros » après sa décision sur les tarifs douaniers. C'est son « nouveau héros » à la Cour suprême après que Kavanaugh se soit rangé du côté de Trump dans la décision rendue hier sur les tarifs douaniers, tandis que deux autres de ses nommés se sont rangés du côté opposé.
 
 
 
L'ensemble des tarifs douaniers punitifs ne pourront être supérieur de 10% à 15% pour les 150 jours à venir, ce qui représente une défaite politique majeure pour Trump qui espérait avec cette manne volée sur les importations des USA des produits dont ils ont besoin redresser le déficit abyssal du budget américain. Les voitures et le cuivre restent avec des droits spécifiques. Alors que des accords négociés par Trump devraient être gelés comme celui passé avec von der Leyen pour l'UE en août dernier.
 
 
Trump a bien tenté une contre-offensive en usant d’un texte qui permet l’intervention de la Maison-Blanche pour décréter, ce 21 février, une augmentation générale de 10 % à 15 % des taxes douanières sur tous les produits entrant aux États-Unis. Mais cette contre-offensive ne saurait faire illusion tant elle se situe à un bien plus faible niveau que les mesures punitives contre la Chine (jusqu’à plus de 100 % de hausse de taxes douanières sur certains produits) ou même l’Union européenne.

 

Trump a fait la différence lors de l’élection de novembre 2024 en ralliant une bonne partie des électeurs des milieux populaires, appauvris par la perte de leur emploi et l’augmentation des prix des denrées de base. Les pilotes du capitalisme financiarisé des États-Unis se sont en effet beaucoup appuyés sur le libre-échange pour asseoir leur domination. Ce qui a nourri une certaine désindustrialisation accompagnée d’une flambée des inégalités et d’une montée concomitante des frustrations et du ressentiment des milieux populaires.

 

Oligarque parmi les oligarques de plus en plus nombreux du capital états-unien, Donald Trump s’est vanté qu’il parviendrait à rétablir les équilibres sociaux en même temps que la « grandeur de l’Amérique » en ne cessant de brandir, comme un remède miracle, le levier des droits de douane.

 

Les juges suprêmes signent la rupture

 

C’est ce pilier stratégique qui joua un si grand rôle dans son élection que vient de lui retirer la Cour suprême en indiquant qu’il avait abusé de son pouvoir alors que « seul le Congrès » (les parlementaires) était en droit de modifier le montant de telles taxes douanières.

 

Voilà qui risque de faire perdre toujours plus de terrain à un locataire de la Maison-Blanche déjà annoncé comme affaibli pour les prochaines élections de mi-mandat. Tant les résultats promis de façon tonitruante en termes d’emploi comme de niveau de vie ne pourront être au rendez-vous des attentes des nouveaux électeurs trumpiens.

 

La décision de la Cour suprême traduit en fait un seuil franchi dans la crise de confiance entre le président et les milieux les plus conservateurs. Les juges suprêmes ne s’étaient pas distingués jusqu’ici par leur volonté de barrer la route aux dispositions autoritaristes, voire fascisantes d’un président qui a pourtant multiplié les « dérapages ».

 

Sur ce dossier économique ils n’hésitent plus à marquer leur rupture. Ce qui illustre la puissance du soutien au libre-échange chez les républicains, tant il a pu, à juste titre, être considéré comme le seul véritable instrument de domination des géants états-uniens, qu’ils agissent dans les technologies de pointe, dans l’énergie ou la finance à l’état brut.

 

D’autres mesures punitives pourraient perdurer

 

Le chapitre des droits de douane n’est pas clos pour autant. Trump va donc se prévaloir de la jurisprudence d’un autre texte qui accorde des pouvoirs exceptionnels au président. Mais il ne pourra augmenter les taxes douanières que dans des proportions bien moindres, de 10 à 15 % pour tout ce qui entre sur le territoire états-unien.

 

Surtout certains produits comme l’acier, l’aluminium, le cuivre, les automobiles ou encore le bois d’œuvre resteront soumis aux plus fortes taxes. Car ils relèvent de domaines dont peut légalement se saisir le chef de l’État, seul. Au prétexte qu’il peut invoquer « la sécurité nationale » à leur sujet.

 

De la même façon, certaines des mesures punitives déployées contre la Chine pourraient perdurer au motif que les entreprises chinoises, fortement subventionnées, feraient preuve d’une « concurrence déloyale. » Une inconnue de taille demeure toutefois sur la légalité ou non des mesures que pourraient engager des entreprises ou des États désireux de récupérer tout ou partie des « trop-perçus » du fisc états-unien.

 

Il est déjà clair, cependant, qu’aux fortes conséquences politiques et économiques de la décision de la Cour suprême va s’ajouter très vite un nouveau casse-tête budgétaire.

 

Alors qu’en 2025 Washington avait pu engranger quelque 200 milliards de dollars de recettes douanières supplémentaires, l’année 2026 ne s’annonce plus sous les mêmes auspices. De quoi rendre encore plus coûteux les divers engagements du président oligarque, en particulier les 500 milliards supplémentaires promis au Pentagone.

 

Un énième recours à un endettement massif en jouant de la position du dollar pour aspirer l’épargne du monde entier va devenir toujours plus compliqué à mettre en œuvre, alors que le billet vert a déjà perdu près de 10 % de sa valeur en 2025.

 

A suivre...

 
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article