Du CPE au « CDI jeune », les consciences se forgent dans et par les luttes. Par Maryse Dumas

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Du CPE au « CDI jeune », les consciences se forgent dans et par les luttes. Par Maryse Dumas

 

Dans cette société instable, fragmentée et morcelée, il y a un repère fixe : la constance patronale à se saisir de la moindre occasion pour faire reculer les droits des salariés·es.

 

Ainsi en est-il de la dernière sortie du Medef pour obtenir un contrat de travail spécifique pour les jeunes qui aurait pour caractéristique de pouvoir être rompu par l’employeur sans motif. Il serait assorti d’un abattement de salaire lié à l’âge. Patrick Martin a sans doute oublié (ou n’a jamais su) que, par deux fois déjà, ces projets patronaux ont été mis en échec : en 1994, c’était le CIP de Balladur, en 2006, le CPE de Villepin.

 

On remarque que, dans les deux cas, le CNPF puis le Medef ont pu s’abriter derrière le politique, puisque ce sont deux premiers ministres de droite qui ont repris cette revendication à leur compte et tenté de la mettre en œuvre. L’organisation patronale, elle, avait pu rester à couvert, abritée des manifestations par le pouvoir politique. C’est une protection de même nature que leur propose le premier ministre actuel, Sébastien Lecornu. Il fait savoir que ce gouvernement n’a pas l’intention de reprendre cette idée à son compte mais il suggère au patronat de la « vendre » aux candidats à la présidentielle : reculer pour mieux sauter donc.

 

Reste que la force du mouvement déclenché en 2006 impressionne encore : quatre mois de luttes, principalement dans les universités et les lycées, mais aussi dans les rues, avec d’immenses manifestations de plusieurs millions de personnes organisées par une intersyndicale, composée de toutes les organisations syndicales de salariés, d’étudiants et de lycéens, soutenue par un collectif d’organisations de jeunesse… Et, au final, une reddition sans condition du pouvoir. Voilà de quoi marquer les consciences et les mémoires. On en voit encore les effets : à peine émise, la proposition du Medef a été rejetée par l’ensemble des organisations syndicales.

 

Un sondage immédiatement réalisé par le journal patronal « les Échos » montre que près de 70 % des Français y sont opposés, jugeant que cela va aggraver la précarité des jeunes. Une réponse à l’exact opposé de ce qu’elle était en janvier 2006 quand le gouvernement de Villepin a annoncé sa volonté de faire adopter par ordonnance la création du CPE (contrat première embauche).

 

La lutte, l’importance du débat qu’elle a provoqué dans le pays, la qualité des arguments avancés par les opposants ont fait basculer l’opinion, passant d’une majorité qui soutenait la mesure à une majorité qui s’y opposait. Vingt ans plus tard, la précarité et la flexibilité ont provoqué de tels ravages, tant dans le travail que dans la qualité de vie et dans l’équilibre de la société, que peu nombreux sont ceux qui pensent que c’est en flexibilisant davantage les contrats de travail que l’on va réduire le chômage, y compris celui des jeunes.

 

Il est certain que celui-ci est plus important que celui des travailleurs plus âgés, et qu’il est d’autant plus fort et durable chez les jeunes sortant du système scolaire sans réel diplôme ou qualification.

 

Mais c’est une politique économique et sociale d’ensemble qu’il faut réinterroger, en commençant par la politique industrielle et de service public. Une chose est sûre : les batailles menées, surtout lorsqu’elles débouchent sur des défaites patronales et gouvernementales, laissent des traces. C’est une leçon pour ne rien céder dans les combats actuels. Ils sont le terreau sur lequel se forgent les consciences pour aujourd’hui et pour demain.

 

Maryse Dumas

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