Ukraine : l’Europe tente de s’imposer dans les négociations, mais a les mains vides
Depuis cet été, les pourparlers pour mettre un terme à la guerre en Ukraine se tiennent entre les États-Unis, l’Ukraine et la Russie. L'Europe qui pousse à la poursuite de la guerre, est toujours hors jeu. Le "quarteron européen des va t-en guerre" tente de reprendre pied malgré leurs désaccords. Une partie d’entre eux réclame la reprise du dialogue avec Moscou.
À quelques jours des 4 ans de guerre entre la Russie et l’Ukraine, le tempo diplomatique s’accélère. Après deux cycles de négociations à Abu Dhabi entre les délégations ukrainienne, états-unienne et russe, une rencontre est prévue à Miami, en Floride. Zelensky a confirmé que « les États-Unis ont invité pour la première fois les deux équipes de négociateurs probablement à Miami, dans une semaine ». Plusieurs sources diplomatiques font état de la volonté du président états-unien d’aboutir à un accord de paix avant l’été afin de pouvoir se consacrer aux élections de mi-mandat prévues en novembre prochain et qui sont mal engagées pour lui.
« Il souhaitera vraiment obtenir un accord et s’en donnera les moyens en exerçant de réelles pressions sur le président Zelensky, veut-on croire à Moscou », relève le directeur de l’Observatoire franco-russe à Moscou, Arnaud Dubien, dans sa chronique à la RTBF.
Macron veut renouer le dialogue
Malgré la tentative de se rendre aux négociations à Abu Dhabi sans invitation, l’Europe, encore une fois, sera absente. Le plan négocié par Washington, Kiev et Moscou s’articule sur le projet de Donald Trump, présenté en novembre et plusieurs fois amendé, autour de 20 points désormais. Trois documents sont sur la table : un accord de paix, des garanties de sécurité et un plan de reconstruction.
« Manifestement, Moscou n’estime pas utile de relancer le dialogue avec l’Europe. Aujourd’hui, la position diplomatique des divers dirigeants ou de la Commission reste de soutenir l’Ukraine. La Russie ne voit pas d’intérêt particulier à entamer un processus avec les Vingt-Sept. Elle privilégie ses échanges avec les États-Unis, considérés comme l’acteur clef, et l’Ukraine. Si des divergences existent désormais entre Bruxelles et Washington, Moscou n’a pas modifié sa stratégie », analyse Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris et ancien ambassadeur de France en Russie.
Macron défend l'idée de renouer le dialogue avec Poutine. Dans cette perspective, son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne s’est rendu à Moscou, le 3 février, où il a rencontré le russe Iouri Ouchakov. Une rencontre marquée par des divergences de fond.
« Sur la question territoriale, Moscou a indiqué à la délégation française qu’elle ne prenait pas en compte la situation militaire. Même chose pour le déploiement de troupes dans le cadre d’un cessez-le-feu. La délégation russe a répété ne pas accepter la présence de troupes de l’Otan ou pays membre de l’Alliance », précise un diplomate. Ce qui est connu depuis plusieurs mois et ne constitue pas une surprise!
Enfin, les propos extrêmement forts lancés par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qualifiant la diplomatie française de « pathétique ».
« Si tu veux parler, et parler sérieusement de quelque chose, alors appelle. Vladimir Poutine décrochera toujours le téléphone », a-t-il tancé.
Depuis septembre 2022, le dialogue est rompu entre Moscou et Paris. Seule exception, en juillet 2025, après les bombardements israéliens et états-uniens sur l’Iran, lorsque Macron et Poutine ont évoqué la situation au Moyen-Orient et la question du nucléaire iranien. Lors d’un déplacement en Haute-Saône, que Macron a expliqué sa stratégie :
« Il est important que les Européens restaurent leurs propres canaux de discussion. » Pour Jean de Gliniasty, « les déclarations passées des autorités françaises ont laissé des traces. Afin de réamorcer un dialogue particulier, Paris va devoir faire amende honorable. Pire, Moscou pourrait être tenté d’infliger un camouflet diplomatique à la France, en privilégiant le dialogue avec la première ministre italienne, Giorgia Meloni, et créer des divergences dans le camp occidental ».
Un 20ème paquet de sanctions
La France n’est pas la seule à estimer que les pourparlers directs entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis changent la donne. D’autres pays plaident également pour reprendre les négociations avec Moscou, à l’instar des pays Baltes ou encore de l’Italie. La Pologne, le Royaume-Uni et l’Allemagne s’y opposent fermement.
« Le désaveu est assez fort pour l’Union européenne. Sa haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a toujours refusé la diplomatie avec la Russie. Faute de crédibilité. Cela met l’Europe dans une position difficile l’empêchant d’apparaître comme un acteur sérieux dans les pourparlers de paix. Pourtant, ces négociations nous concernent directement en matière de sécurité », estime l’eurodéputé belge du groupe La Gauche Marc Botenga (PTB).
La Commission européenne a soumis aux États membres un 20ème paquet de sanctions contre Moscou. Il cible les secteurs bancaire et énergétique et interdit certaines exportations vers des pays soupçonnés de commercer avec la Russie.
Cette proposition a été défendue par Ursula von der Leyen qui assume un choix politique :
« La Russie ne s’assiéra véritablement à la table des négociations que si elle y est contrainte. C’est le seul langage qu’elle comprenne. » Même tonalité pour la cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas, qui estime que « la Russie continue de répondre à la diplomatie par des missiles. Nous sommes déterminés à rendre ce choix douloureusement coûteux ». En bref on continue la guerre !
Surmonter les divisions de l’Europe
Face à ces graves divisions, le 1er ministre tchèque, Andrej Babis, a réclamé une réunion des dirigeants de l’U.E afin d’adopter une position commune. Il a mentionné le chancelier allemand, le président français, le premier ministre britannique et la présidente du Conseil italien. Pour autant, pointe Marc Botenga,
« la dernière résolution européenne qui a été émise est en décalage par rapport aux discussions diplomatiques actuelles entre Kiev, Washington et Moscou. Si elle défend bien l’intégrité territoriale de l’Ukraine, le maintien de l’accès de Kiev à l’Otan, l’utilisation des avoirs russes et une série d’autres conditions, elle interpelle sur la volonté réelle de participer aux négociations ».
Cette stratégie visant à renouer le dialogue avec Poutine a été fraîchement accueillie par Zelensky. Après son discours critique à l’égard de L'U.E à Davos, Zelensky juge que la pression sur la Russie est insuffisante et doute des volontés de paix de Moscou.
« Il existe une solution qui a été avancée pour surmonter les divisions de l’Europe et pour appuyer sa participation aux négociations, constate Jean de Gliniasty. Il s’agit de la nomination d’un représentant spécial pour l’Ukraine. Mais aujourd’hui, cela apparaît encore bien hypothétique, faute de consensus. »
La guerre remplit les coffres des marchands de canons !
Thales profite de l’explosion des budgets de défense
Dans la course effrénée aux dépenses militaires au niveau européen, l’industrie de l’armement en profite. Le groupe français Thales, spécialisé dans l’aérospatial, la défense, la sécurité et le transport terrestre, va recruter en 2026 plus de 9 000 personnes dans le monde, dont 3 300 en France. Depuis cinq ans, l’entreprise a recruté au moins 8 000 personnes par an.
Ces embauches sont étroitement liées à l’explosion de la demande, sur fond de guerre en Ukraine et de perception d’une menace russe. Dans une étude publiée en décembre, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) relevait que les 100 plus grandes entreprises d’armement ont vendu pour 679 milliards de dollars d’armes et de services à caractère militaire en 2024, soit une augmentation record de 5,9 %.
Dassault, Safran, Czechoslovak Group ont amassé des gains importants. Parmi les 26 entreprises d’armement basées en Europe (hors Russie) figurant dans le top 100, 23 ont enregistré une hausse de leur chiffre d’affaires pour un total de 151 milliards de dollars.
Sources : l'Humanité
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