Analyse et réflexion sur l'Iran d'aujourd'hui....

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Manifestation contre l'agression américano-israélienne....

Manifestation contre l'agression américano-israélienne....

 
 
L'Iran a une superficie équivalente à 3 fois la France et est peuplée de 90 millions d'habitants en majorité de religion musulmane chiite. Il a des ressources naturelles considérables notamment pétrolières et de gaz. Il a une position géographique très enviée par l'Occident capitaliste, il est bordé par la mer Caspienne, par le golfe d'Oman, par le golfe Persique, et il partage des frontières avec le Turkménistan, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Irak, la Turquie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan.  Il se trouve donc au sud de la Russie et juste à l'ouest des deux états les plus peuplés au monde l'Inde et la Chine. L'Iran est un pays diversifié tant par ses grands ensembles naturels que par ses populations et ses cultures. Son relief est en partie montagneux (Eurasie et l'Hindou Kouch-Himalaya). Les régions de l'est et du sud sont désertiques. Celles de l'ouest et du nord, plus humides et couvertes de steppes ou de forêts, rassemblent la plus grande partie de la population très éduquée et très culturelle.
 
 
La construction d'une nation...

 

Historiquement appelée la Perse, l'Iran est l'un des plus anciens berceaux civilisationnels du monde. Unifié par les Mèdes, il fut l'un des plus vastes empires à avoir jamais existé, s'étendant de l'est de l'Europe à la vallée de l'Indus sous le règne des Achéménides. Conquis en 331 avant notre ère par Alexandre le Grand et placé sous la domination des rois séleucides, l'Iran redevint un empire indépendant au siècle suivant sous l'impulsion des Parthes. A partir du IIIe siècle, les Sassanides érigèrent l'Empire perse au rang de grande puissance de l'Asie de l'Ouest pendant plus de quatre cents ans. La conquête arabo-musulmane au VIIe siècle conduisit à l'islamisation de l'Iran, dont les contributions aux arts, aux sciences et à la philosophie au cours de l'Âge d'or de l'islam furent nombreuses. Il fut ensuite gouverné par des dynasties locales puis par les Turcs et les mongols. La dynastie séfévide unifia à nouveau l'Iran au XVe siècle et fit de l'islam chiite la religion officielle. Au 18ème siècle, la dynastie Kadjar stabilisa le pouvoir pendant un siècle et demi en résistant aux tentatives de colonisation des Britanniques et des Russes, sans pouvoir empêcher des pertes territoriales.

 

 

 

De la dictature à la révolution islamique

 

Au début du XXe siècle, la révolution constitutionnelle persane aboutit à l'instauration d'un parlement (1905-1911). Mais en 1925 la dynastie Pahlavi s'impose. En 1935 la Perse devint officiellement l'empire d'Iran. Le pays fut gouverné autoritairement pendant cette période. 1953, marque le début d'un changement radical avec la nomination de Mohammad Mossadegh qui nationalise le pétrole. Aussitôt les Etats Unis et le Royaume uni organise en coup d'Etat et mettent en place le Shah, il s'en suit une dictature terrible où furent réprimées violemment les contestations et assassinés des milliers de communistes iraniens. Cette dictature domina jusqu'en 1979 avec la révolution et la fuite du Shah La révolution islamique aboutit à l'actuel régime politique de l'Iran.

 

 

Des institutions très solides qui anticipent

 

Ainsi, ce sont des populations qui se sont nourries de révolutions pour l'indépendance et la souveraineté, ce que l'Occident néglige dans ses réflexions, marqué par sa volonté de domination notamment sur les ressources iraniennes. L'Iran s'est doté d'un système qui a pensé "l'après" et sait anticiper et prévoir. C'est une force que l'Occident capitaliste ne veut pas comprendre et croit pouvoir réduire par la guerre !

 
Actuellement les médias occidentaux sont obnubilés par une idée, à la disparition du dirigeant de la République islamique d'Iran, ça serait pour eux, la "fin du régime", "l'implosion imminente",  "la guerre des factions", "l'ouverture inévitable" "qui pour diriger l'Iran?". Cela fut déjà le cas en 1989 à la mort de l'Ayatollah Khomeini. Alors que ces fameux experts annonçaient le chaos, six semaines plus tard, la transition vers l'Ayatollah Ali Khamenei était actée, institutionnellement encadrée, et le régime allait poursuivre sa trajectoire pendant 37 années.
 
 
Aujourd'hui, les mêmes certitudes par les mêmes experts sont recyclées à travers les mêmes analyses rapides et la même incapacité à lire la Constitution iranienne. Ils ne peuvent imaginer autrement que par le fantasme occidental de l'homme providentiel. Leur erreur majeure tient à une projection culturelle : croire qu'un système non libéral repose nécessairement sur un seul homme. Si cet homme disparaît, le système tombe avec lui. Cette vision ignore la singularité iranienne : un modèle hybride où le théologique et le politique ont été fusionnés dans une architecture conçue pour durer face aux adversités.
 
 
Un système pour durer...
 
 
Mais au-delà des institutions, il y a une dimension que l'Occident refuse obstinément de voir : le courage personnel comme acte politique ou l'exemple par le sommet. Pendant que d'autres dirigeants régionaux — bénéficiant de la manne pétrolière et de la protection occidentale — s'enfoncent dans leurs bunkers ou fuient à l'étranger au premier signe de tempête, la direction iranienne a choisi une autre voie. Le Guide aurait pu, lui aussi, se retrancher, s'isoler, gouverner depuis l'ombre. Il a préféré l'inverse : rester exposé, visible, présent. Non par inconscience du danger, mais par cohérence doctrinale.
 
 
 
 
Dans une République islamique qui se veut "gouvernement du jurisconsulte", le guide se doit d'incarner jusqu'au bout ce pour quoi il s'est engagé. La peur n'est pas une option quand on prétend guider une nation vers la dignité. Cette posture n'est pas de l'inconscience — c'est la pédagogie du courage. Montrer à son peuple que l'on n'exige rien qu'on ne soit prêt à vivre soi-même. Que la résistance aux hégémonies ne se décrète pas depuis un abri sécurisé, mais s'incarne dans une présence assumée, quitte à en payer le prix.
 
 
Le verrou géostratégique : ce que personne ne dit
 
 
Pour l'Iran dans sa configuration politique actuelle, il ne s'agit pas seulement de survivre. Il s'agit de tenir une position que personne d'autre dans la région ne tient. Il suffit de regarder avec une carte les rapports liés entre les états de la région et l'impérialisme américain : Le Pakistan est Aligné sur Washington, l'Arabie saoudite est Inféodée au dollar et à la protection américaine, les Émirats sont la base arrière de l'Occident, l'Égypte est sous perfusion et la Turquie elle-même, malgré ses velléités d'autonomie, reste dans l'Otan. 
 
 
Dans tout cet espace, qui échappe véritablement à l'hégémonie américaine et qui refuse d'être un relais des intérêts occidentaux ? L'Iran. Et peut-être l'Afghanistan, malgré son isolement... Cette singularité n'est pas anecdotique — elle est géopolitiquement intolérable pour l'Occident. Car l'Iran se dresse là où se joue l'avenir des ressources pétrolières et leur passage obligé une fois extraites par le détroit d'Ormuz.
 
 
Le détroit d'Ormuz : la clé du monde !
 
 
Pourquoi cette obsession à déstabiliser Téhéran ? Pourquoi ces décennies de sanctions (au nombre de 1500), de pressions, de menaces ?
 
 
Toute analyste lucide débouche sur un enjeu majeur : le contrôle des routes énergétiques. 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Tant que l'Iran tient ses côtes, tant qu'il peut, par sa seule existence, menacer de fermer ce robinet et de provoquer la vulnérabilité des pays occidentaux capitalistes.
 
 
La Chine, première puissance économique mondiale, s'approvisionne massivement dans le golfe Persique. son approvisionnement en pétrole reste vulnérable. Les USA le savent très bien !
 
 
L'Iran est le verrou que l'Occident n'a pas réussi à forcer
 
 
Derrière les discours sur les droits de l'homme et la démocratie, la réalité est crue : il s'agit d'empêcher la Chine de sécuriser son approvisionnement énergétique. Il s'agit de briser le seul État de la région qui refuse de s'aligner sur le diktat américain.
 
 
Le "Grand Israël" : l'autre objectif
 
 
Mais il y a plus. En regardant la carte du Proche-Orient, on prend conscience que l'axe Téhéran-Bagdad-Damas, est l'axe chiite, comme on l'appelle, qui sépare physiquement le projet de l'extrême droite israélienne. Le "Grand Israël" rêvé par les faucons sionistes — du Nil à l'Euphrate — ne peut advenir qu'à une condition : que l'Iran soit découpé, que son influence soit brisée, que la continuité territoriale avec l'Irak et la Syrie soit rompue.
 
 
 
 
Déstabiliser l'Iran, ce n'est pas seulement punir un régime qui conteste l'hégémonie occidentale et américaine. C'est ouvrir la voie à un redécoupage stratégique du Moyen-Orient. C'est permettre ce que les bombardements et les guerres n'ont pas réussi à accomplir. L'Iran est l'os que l'impérialisme n'arrive pas à avaler. Et tant qu'il tiendra, le détroit d'Ormuz restera une épine dans le pied de l'impérialisme!
 
 
Une continuité pensée pour survivre à l'individu
 
 
C'est précisément parce que les enjeux sont si colossaux que le système iranien a été consolidé pour qu'aucune disparition ne soit fatale :
 
  • L'Assemblée des experts (88 membres), chargée de désigner le guide.
  • Le Conseil des gardiens (12 membres), doté d'un droit de veto constitutionnel.
  • Le Conseil de discernement, le gouvernement élu, le Parlement, la magistrature.
  • Le Bureau du guide et le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), acteur militaire, économique et stratégique majeur.
 
On peut contester la nature théocratique de ce système. On peut critiquer les restrictions aux libertés.  Mais on ne peut pas prétendre qu'il n'existe pas en tant qu'architecture organisée — ni qu'il ne remplit pas une fonction géopolitique unique dans la région.
 
 
Le martyr n'est pas l'effondrement
 
 
L'Occident belliqueux persiste dans une erreur d'analyse fondamentale : croire qu'assassiner le Guide, c'est abattre le système. C'est méconnaître la profondeur de l'enracinement. Le programme balistique est intégré à la doctrine stratégique. Les alliances régionales (Hezbollah, Houthis, factions irakiennes et syriennes) sont institutionnalisées. Les accords stratégiques avec la Chine et la Russie ont réduit la dépendance au dollar. Le Corps des gardiens contrôle une part significative de l'économie nationale.
 
 
Chaque jour depuis 1989, ce système a été consolidé pour survivre à l'individu. Les relèves sont prévues. Les procédures sont écrites. Les intérêts sont institutionnalisés.
 
 
1989 : la leçon oubliée !
 
 
Selon l'Occident, en 1989, la disparition de Khomeini devait marquer la fin. Elle marqua une transition. Les experts qui annonçaient l'effondrement furent démentis par les faits.
L'Iran de 2026 n'est pas celui de 1989. Son appareil sécuritaire est plus intégré. Son économie parallèle militarisée est plus structurée. Ses alliances régionales sont consolidées. Sa position géostratégique est plus cruciale que jamais. Cela ne signifie pas stabilité éternelle. Cela signifie complexité.
 
 
Ce que être le fond du débat devrait être
 
 
Le débat sérieux ne devrait pas porter sur un effondrement fantasmé, mais sur les tensions internes entre institutions, l'évolution du rapport entre clergé et appareil sécuritaire, la légitimité sociale du système, les équilibres économiques sous sanctions, les scénarios de succession. Réduire la question à la disparition d'un homme relève d'un prisme simplificateur. C'est croire qu'une équipe s'effondre si son capitaine quitte le terrain, alors qu'elle joue depuis près d'un demi-siècle et que son organisation a précisément été conçue pour gérer ce moment.
 
 
Mais surtout, c'est refuser de voir la réalité géostratégique : l'Iran n'est pas un simple régime parmi d'autres. Il est le dernier verrou, le seul État de la région qui ne s'est pas aligné, la seule force qui peut encore fermer le robinet d'Ormuz et entraver la réalisation du "Grand Israël".
 
 
Reconnaître la cohérence organisationnelle d'un système n'est pas l'approuver. Constater sa résilience ne signifie pas la célébrer. Analyser sa stratégie ne revient pas à l'embrasser. Mais persister, 37 ans après 1989, à répéter les mêmes erreurs d'analyse sans tirer aucune leçon historique — cela interroge !
 
 
Et c'est peut-être moins l'Iran qui mérite examen aujourd'hui que la manière dont l'Occident continue de le regarder, incapable de concevoir qu'un dirigeant puisse préférer l'exemple à l'abri, qu'un système puisse être assez cohérent pour survivre à ses martyrs, et qu'une nation puisse tenir tête, seule, aux appétits géopolitiques les plus voraces...
 
 
Israël comme les Etats Unis ne peuvent justifier une guerre "préventive". Il n'y a aucune justification à une guerre. Aucunes justification morale, philosophique, religieuse ou culturelle n'est acceptable pour déclencher une guerre.
 
 
Une guerre, c'est des morts. L'assassinat d'une partie d'une population par une autre est le cancer de l'humanité depuis toujours. Moralement et philosophiquement, l'agresseur est toujours le mauvais. L'agresseur aujourd'hui est d'extrême droite, colonisateur, génocidaire, en guerre avec le Liban, la Palestine, la Syrie, l'Iran, et a même agressé le Qatar. Ce n'est certainement pas pour les droits de l'homme, qu'Israël attaque l'Iran, quand on voit comment il traite le peuple Palestinien.
 
 
L'Iran a peut être un régime tyrannique et meurtrier. Mais l'Iran n'a pas la bombe atomique et n'en veut pas, contrairement a Israël. L'Iran s'est pliée au contrôles de son programme nucléaire, contrairement à Israël. L'Iran n'a jamais attaqué Israël, contrairement à Israël.
 
 
Une guerre est faite de victimes et de bourreaux. Il faut de la compassion pour les uns, et une condamnation pour les autres.
 

Depuis 2003, plus exactement quelques mois avant l'invasion de l'Irak, on peut avoir la conviction que l'Occident, contrairement à ce que racontent ses "elites" politiques et médiatiques, ne croient ni à la démocratie, ni aux droits de l'hommes, ni au droit international sauf lorsque ceux-ci servent son hégémonie. Vous pouvez être le plus respectueux des droits de l'homme, le plus attaché à la légalité internationale, si vos actions gênent les intérêts, les appétits des Occidentaux, vous devenez un ennemi à abattre.

 
A la fin des fins, la seule chose à laquelle cet Occident croit, c'est à la puissance de sa quincaillerie. Il est y croit tellement que cela l'empêche de voir que sur cette terre il existe des peuples qui ont une vision de la vie différente, un autre alchimie mentale, des valeurs fondées non plus seulement sur l'avoir, mais aussi - peut-être surtout - sur le savoir et le croire.
 
 
Rappelons-nous : " Tous les peuples ne se mettent pas à genou parce qu'ils ont faim". L'aveuglement de l'Occident, de ses "élites" dirigeantes pour être juste, vient de là : il ne peut tout simplement pas concevoir qu'on puisse suivre une autre voie que la sienne,  et à fortiori lui résister. Ceci est aussi inaccessible pour lui que la quadrature du cercle. Il dévoile sa vraie nature en projetant sur les autres ses propres défaillances, sa vacuité morale, son vide intérieur.
 
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Publié dans Iran

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