La journaliste Stéphane Horel ciblée pour ses révélations sur les PFAS ?

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

« La première fois que j’ai entendu parler des PFAS, c’était au début des années 2000 », se souvient la journaliste Stéphane Horel. Depuis, elle a révélé un des plus gros scandale sanitaire, résultat de décennies de laisser-faire de la part des pouvoirs publics et d'intenses lobbying des industriels. © Livia Saavedra pour l'Humanité

« La première fois que j’ai entendu parler des PFAS, c’était au début des années 2000 », se souvient la journaliste Stéphane Horel. Depuis, elle a révélé un des plus gros scandale sanitaire, résultat de décennies de laisser-faire de la part des pouvoirs publics et d'intenses lobbying des industriels. © Livia Saavedra pour l'Humanité

 

La journaliste du « Monde » Stéphane Horel est victime de vols et de plusieurs tentatives d’effraction à son domicile depuis deux ans. Coordinatrice du « Forever Pollution Project », derrière la révélation du scandale sanitaire des PFAS, elle suspecte une tentative d’intimidation de l’industrie chimique.

 

Stéphane Horel s’est déjà retrouvé, en pleine nuit, « au milieu du salon, une chaise à la main ». Sur le qui-vive, la journaliste avait entendu un bruit dans son appartement. En moins de deux ans, elle a subi trois tentatives d’effraction à son domicile et plusieurs vols, jusqu’au pied des locaux du journal le Monde, où elle travaille. « L’une des plus graves atteintes à la liberté de la presse de ces dernières années en France », alerte l’ONG Reporters sans Frontières (RSF).

 

Grâce à elle, les PFAS sont sortis de l’ombre. Ces polluants éternels sont présents absolument partout : dans l’eau, le sol et même dans notre sang. Ce scandale sanitaire, résultat de décennies de laisser-faire de la part des pouvoirs publics et de lobbying intense des industriels, a été révélé par le « Forever Pollution Project », une enquête collaborative internationale réunissant une quarantaine de journalistes et scientifiques européens, qu’elle coordonne.

 

La journaliste derrière le scandale des PFAS

 

« La première fois que j’ai entendu parler des PFAS, c’était au début des années 2000 mais j’étais totalement passée à côté de l’enjeu », se souvient-elle. La fille de sous-préfet fait alors ses premiers pas dans le métier. Après un passage par l’éphémère Vrai Papier Journal de Karl Zero, elle se confronte pour la première fois aux lobbies en réalisant des documentaires. Sur Big Pharma et l’agroalimentaire d’abord, l’industrie chimique ensuite.

 

Au fil des ans, Stéphane Horel s’échine à mettre en lumière leurs rouages : de Monsanto et son glyphosate jusqu’aux perturbateurs endocriniens, en passant par les fabricants de dispositifs médicaux, elle a développé « une connaissance parfaite de la machine à mentir », souligne le journaliste d’investigation Édouard Perrin. « Elle connaît toutes leurs techniques et a appris à parler leur langage », confirme un de ses collègues du Monde.

 

De quoi permettre au « Forever Pollution Project » de prendre de court l’industrie, empêchée de dérouler ses stratégies d’enfumage habituelles. Résultat : aujourd’hui, plus personne n’ignore la dangerosité des PFAS.

 

Stéphane Horel serait-elle en train de le payer ? Le 3 septembre dernier, la journaliste a été victime d’un vol en pleine journée sur le parking du Monde, dans le 13e arrondissement de Paris. Son passage à la rédaction n’a duré qu’une heure. Assez pour que sa sacoche de vélo disparaisse. D’habitude, c’est là qu’elle range son ordinateur et ses carnets de travail. Sur les images de vidéosurveillance, on voit un homme filer directement vers sa bicyclette, puis repartir quelques secondes après.

 

Depuis deux ans, elle pensait seulement avoir la poisse. Son sac à dos, puis son téléphone deux fois, ont été volés en moins dix-huit mois – elle a porté plainte mais reste sans nouvelles. En juin 2024, alors qu’elle est à Data Harvest, le raout des journalistes d’investigation européens, sa voisine l’appelle. Impossible d’ouvrir la porte : la clef tourne dans le vide. Même galère en octobre 2024, alors qu’elle est à Bologne pour parler du « Forever Pollution Project ». Encore une fois, sa serrure est cassée.

 

Une voiture attendait le voleur

 

En janvier 2025, dans son appartement, elle est surprise par un bruit métallique au niveau de l’entrée. « Il y avait des marques dessus, et le barillet était enfoncé », constate-t-elle. À force, la journaliste se refait le film à l’envers. « Là, je me suis vraiment rendu compte qu’on essayait de rentrer chez moi. ». C’est à ce moment-là qu’ils révèlent, avec le « Forever Lobbying Project », que la facture de la pollution des PFAS pourrait s’élever jusqu’à 1 700 milliards d’euros d’ici à 2050.

 

Six mois plus tard, Stéphane Horel se trouve en terrasse lorsque son téléphone est de nouveau volé. Des témoins de la scène affirment qu’une voiture attendait le voleur au coin de la rue.

 

À quel point les industriels l’ont-ils à l’œil ? Fondé par l’ancien directeur de la communication de Monsanto, Bonus Eventus élabore des fiches d’activistes et de journalistes considérés comme hostiles à l’agro-industrie. Un dossier a été créé au nom de la journaliste mais était vide en septembre 2024, au moment où le Monde révélait son existence. Impossible de relier avec certitude ces affaires. « C’est ça qui est déstabilisant, résume Stéphane Horel. Est-ce que je me fais des idées à partir de coïncidences ? »

 

Il aura fallu six mois à la direction du Monde pour porter plainte contre X avec elle, le 18 février 2026. Publiquement, la direction du journal apporte son « plein soutien » à Stéphane Horel. En interne, ce décalage interroge. « Jérôme Fenoglio (le directeur du Monde, NDLR) a tendance à penser que le journal est suffisamment puissant pour balayer les menaces, résume Raphaëlle Bacqué, présidente de la Société des Rédacteurs du Monde. Nous pensons, justement parce qu’il est puissant, qu’il doit être un modèle lorsqu’il s’agit de défendre ses journalistes. »

 

Même constat du côté de RSF. « La direction voudrait, semble-t-il, laisser la justice faire son travail et donc ne pas trop creuser le sujet, constate sa responsable France, Laure Chauvel. Le problème, c’est que ces faits, rares en France, sont graves. »

 

Interrogé par l’Humanité, Jérôme Fenoglio affirme que la direction a « réagi d’emblée pour protéger » la journaliste. « L’accumulation des faits nous a convaincus de porter plainte. Il fallait des caractérisations pour nous y associer. Cela a pris un certain temps. », justifie-t-il. De quoi laisser le temps aux industriels de s’attaquer au travail de Stéphane Horel.

 

Tom Demars-Granja et Simon Guichard  Article publié dans l'Humanité

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