SEB supprime 2100 emplois dans le monde dont 500 en France !

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

SEB Sellongey

SEB Sellongey

 

 

Le groupe SEB, fleuron du petit électroménager français, envisage la suppression de 2100 postes dans le monde, dont 500 en France. Derrière les formules « plan d’économies » et de « redressement de la rentabilité », il faut appeler les choses par leur nom : des centaines de familles salariées vont payer le prix d’une logique économique qui se met en oeuvre contre eux, contre notre industrie et le pays !

 

En France, au niveau de l’emploi, les «activités support», comme «la finance et les ressources humaines», seront touchées, ainsi que la logistique, le marketing, ou le développement produit, selon la direction.

 

Sept entités sont potentiellement concernées par ce plan, dont les sites de Pont-Evêque (ex Calor dans l'Isère), Mayenne (Mayenne) ou Rumilly (Téfal en Haute-Savoie), mais également le siège social à Ecully, en périphérie lyonnaise.

 

Le groupe, qui vise une croissance du résultat opérationnel en 2026, espère avec ce plan, «renouer avec sa trajectoire historique en visant une croissance organique annuelle des ventes de 5 % et une marge opérationnelle de 10 %, pour ensuite tendre vers 11 %», contre 7,4 % en 2025.

 

SEB n’est pas en faillite ni au bord de l’effondrement ! C’est un acteur mondial solidement implanté, propriétaire de marques connues dans chaque foyer populaire. Pourtant, comme tant d’autres, il annonce qu’il faut « s’adapter », « optimiser », « rationaliser ». Et donc : réduire la masse salariale pour préserver les marges. peu importe notre industrie et les territoires.

 

Depuis la mise en place du marché unique, l’industrie française a été soumise à une mise en concurrence permanente. Libre circulation des capitaux, interdiction des protections nationales, primat du droit de la concurrence : tout est organisé pour que les entreprises arbitrent en permanence entre leurs zones d’implantation en fonction du « coût du travail » et du taux de profit à court terme.

 

Dans ce cadre, un site industriel français n’est plus un outil stratégique au service de la nation et du développement collectif. Il devient une ligne dans un tableau Excel, comparée à un site en Europe de l’Est ou en Asie. Si la rentabilité est jugée insuffisante, on supprime des postes, on ferme, on délocalise. L’Union européenne ne licencie pas directement les salariés de SEB. Mais elle a construit un cadre qui soutient la logique capitaliste de l'exploitation et de la rentabilité. Toute politique industrielle ambitieuse est soupçonnée de « distorsion de concurrence ». La souveraineté économique est dissoute dans un grand marché où règne la loi du moins-disant.

 

Résultat : en quarante ans, la part de l’industrie dans le PIB français a été divisée par plus de deux. La France, qui était un pays de production, devient un pays de services précaires et de dépendance extérieure.

 
La logique du capital, pas l’intérêt des travailleurs

 

La direction de SEB invoque la nécessité de restaurer la rentabilité face à la concurrence internationale et à la stagnation des marchés occidentaux. Mais une question simple doit être posée : qui décide que la priorité absolue est la rentabilité actionnariale ? Les travailleurs n’ont pas demandé la compression des coûts. Les territoires industriels n’ont pas demandé à être mis en compétition les uns contre les autres. Les familles ouvrières n’ont pas demandé à servir de variable d’ajustement.

 

Dans le capitalisme contemporain, l’entreprise n’est pas une communauté de travail ni un outil de développement. Elle est un actif financier. Sa mission première est de satisfaire les exigences de rendement des marchés. Si la marge baisse, on taille dans l’emploi. Si le cours de Bourse fléchit, on restructure. Le discours sur la « modernisation » masque mal une réalité brutale : ce sont toujours les salariés qui paient les fluctuations du marché mondial.

 

La responsabilité des gouvernements

 

Il serait trop simple d’accuser que la direction de Seb. Le problème est plus profond. Depuis des décennies, les gouvernements français successifs ont accepté et accompagné un cadre européen qui prive la nation des instruments essentiels de politique industrielle : protection ciblée, planification, contrôle stratégique des filières.

 

Dans le même temps, le libre échangisme a ouvert largement le marché à des productions issues de pays à bas coûts. Le petit électroménager est un secteur où la concurrence asiatique est réelle. Face à cette pression, les groupes européens sont poussés à s’aligner sur les standards mondiaux de rentabilité, c’est-à-dire à réduire les coûts sociaux. Ce n’est pas un hasard si les annonces de suppressions d’emplois se multiplient dans des secteurs pourtant stratégiques. C’est le produit d’un modèle économique fondé sur la concurrence généralisée plutôt que sur la coopération et la planification.

 

Défendre l’emploi industriel, c’est défendre notre industrie nationale

 

La question posée par SEB dépasse le cas d’une entreprise. Elle touche à un enjeu central : voulons-nous rester un pays producteur, capable de maîtriser ses filières industrielles, ou acceptons-nous de transformer la France en simple marché de consommation ?

 

Chaque emploi industriel perdu affaiblit un territoire, un savoir-faire, une chaîne de sous-traitance. La désindustrialisation n’est pas seulement une statistique : c’est un recul concret de la souveraineté nationale et populaire. Face aux menaces de licenciements, la solidarité avec les salariés concernés est indispensable. Mais elle ne suffira pas si l’on ne remet pas en cause le cadre général qui rend ces plans sociaux structurels.

 

La défense de l’industrie suppose de mener d'une part, la bataille pour le maintien et le développement de l'emploi, de la formation, des qualifications pour gagner en efficacité les productions, c'est à dire le développement de toutes les capacités humaines, et d'autre part, exiger de l'entreprise des financements soit directs soit par le crédit pour financer l'emploi, investir dans l'outil de production, la recherche et développer des coopérations. Cela suppose d'exiger que les logiques financières court-termistes s'effacent devant le progrès social, l'efficacité et l'intérêt général.

 

Ces demandes légitimes sont à porter dans les luttes de résistance au sein desquelles doit grandir la remise en cause radicale du pouvoir politique néolibéral, et l'exigence d'une démocratisation de la vie économique avec des droits nouveaux permettant aux salariés d'intervenir dans les gestions (entreprise, cité, état, Europe) afin de faire valoir l'intérêt général, le développement et les coopérations. Tant que l’économie restera soumise aux critères capitalistes de la rentabilité et à la concurrence, les annonces comme celle du groupe SEB se répéteront.

 

Les salariés de SEB ne sont pas responsables de la crise de rentabilité. Ils en sont les victimes. Leur combat pour l’emploi s’inscrit dans la bataille plus large : celle pour le droit à produire, à décider et à planifier pour développer des réponses conformes à l'intérêt général.

Publié dans Industries, Emploi-Travail

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