L'apprenti génocidaire. Par Jack Dion
Si Vladimir Poutine avait déclaré après un énième bombardement sur l’Ukraine : « Une société entière va mourir», les protestations auraient fusé de partout. Pourtant, une déclaration similaire a été formulée non par le président Russe mais par son homologue américain, sans susciter de réactions particulières.
Voici ce qu’a énoncé Donald Trump à propos de l’Iran : « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître ». Certes, les sorties orales de l’hôte de la Maison Blanche prêtent souvent à sourire (ou à pleurer, c’est selon), mais le poids des mots doit être apprécié à sa juste mesure. Il n’est plus question ici d’éliminer les têtes dirigeantes de l’Iran, de bombarder le pays, de l’affaiblir par des actes de guerre parfaitement illégaux, mais de le rayer de la carte. Sauf erreur, on n’avait jamais entendu pareille menace génocidaire depuis le nazisme. Pourtant, à quelques exceptions près, nul n’a réagi, comme si l’on s’était habitué au pire depuis que Netanyahou a rasé Gaza et lancé dans ce bout de territoire un processus génocidaire qui avait fait dire (déjà) à Trump : « Une civilisation a été anéantie à Gaza ».
Les dirigeants occidentaux, si vigilants dès que Poutine prend la parole, ont joué les muets du sérail. C’est un rôle auquel ils sont habitués. A preuve le luxe de circonvolutions auxquels ils se prêtent lorsqu’il s’agit de critiquer Israël du bout de la langue, sans jamais aller jusqu’à la condamnation, ce crime lèse-majesté. Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez est l’un des rares qui a le courage de parler de Netanyahou comme d’un criminel contre l’humanité inculpé à ce titre par la Cour Pénale Internationale (CPI).
Les autres, malgré le génocide à Gaza, malgré les bombardements du Liban, malgré la colonisation et le nettoyage ethnique en Cisjordanie occupée, malgré l’occupation d’une partie du territoire syrien, persistent à expliquer qu’Israël a « le droit de se défendre », et que son existence est en cause, alors que seule la Palestine risque de ne jamais voir le jour.
Le projet de loi Yadan, qui doit venir devant l’Assemblée nationale, est significatif de cette dérive. Au nom de la lutte nécessaire contre l’antisémitisme – pour laquelle l’arsenal juridique déjà en place suffit largement – il est prévu d’assimiler la moindre critique de l’Etat d’Israël à une forme « implicite » d’antisémitisme, ce qui revient à prendre en otages les juifs de France, transformés à l’insu de leur plein gré en agents de Netanyahou, quoi qu’ils pensent de ce dernier et de ses complices d’extrême-droite.
Il est donc temps de se ressaisir, de revenir sur terre, et de ne pas se laisser entrainer dans une vision caricaturale consistant à blanchir les génocidaires réels ou potentiels et à diaboliser ceux qui tentent de leur résister. Nul n’a le monopole du terrorisme, et ceux qui le dénoncent à tout propos ne sont pas forcément les mieux placés pour donner des leçons d’éthique à la terre entière.
Jack Dion Article publié sur son Post Linkedin
/image%2F1385629%2F20260418%2Fob_a24d74_ob-862f59-jack-dion.jpg)