« Emploi futur » : le plan du gouvernement sans ambition ni budget !
Le gouvernement a présenté en grande pompe ce jeudi 7 mai son plan « Emploi futur » avec pas moins de cinq ministres mobilisés lors de deux déplacements dédiés programmés à Angers et Créteil. Mais derrière l’affichage, la quinzaine de mesures se révèle surtout cosmétique alors que le chômage des jeunes s’élève à plus de 20 %.
L’urgence est là. Le chômage se maintient à un haut niveau avec la multiplication des suppressions d'emplois notamment dans l'industrie. Les données confirment une aggravation marquée du chômage de longue durée. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis plus d’un an augmente de +9,4 % sur un an.
Le chômage des jeunes de 15-24 ans atteint des sommets avec 21,5 % fin 2025 (+ 2,8 % en un an), selon les chiffres de l’Insee. La part des jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en formation, ni en études (désignés par l’acronyme NEET) s’élève elle à 12,9 %.
« La France est face à un paradoxe. Nous avons un taux élevé de diplômés du supérieur et un nombre relativement faible de jeunes qui quittent de manière précoce le système éducatif, mais le temps moyen d’insertion de nos jeunes dans le monde professionnel est plus long que chez nos voisins », a d’ailleurs reconnu le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.
Alors le gouvernement a du présenter en grande pompe ce jeudi 7 mai son plan « Emploi futur » avec pas moins de cinq ministres mobilisés. Mais derrière cet affichage, le gouvernement refuse obstinément de mobiliser de nouvelles recettes pour le budget de l’État (contribution des grandes fortunes comme superprofits sont épargnés), il n’entend pas consacrer de fonds supplémentaires à la lutte contre le chômage des jeunes.
« La plupart des mesures n’implique pas de moyens spécifiques », argue le ministère qui se contente de promettre que « dans le cadre du PLF 2027, la priorité sera donnée à la jeunesse » avec au besoin « des enveloppes spécifiques ». Il n’est d’ailleurs pas plus question pour l’heure d’une quelconque évolution législative. En lieu et place, l’exécutif décline indicateurs, recommandations et incitations.
Indicateurs, appli et bonnes intentions
Le fameux plan comprend ainsi 15 mesures en trois axes d’inspiration toute libérale : améliorer l’orientation des jeunes en particulier vers les métiers qui recrutent (défense, nucléaire, médico-social…), les rapprocher de l’entreprise et anticiper les ruptures de parcours.
La formation est ainsi envisagée comme un vaste marché où chacun est invité à maximiser ses performances grâce à la création d’un « InserScore » – un indicateur des débouchés – pour l’ensemble des formations professionnelles initiales afin de faire des « choix éclairés », non pas en fonction de ses aspirations ou des besoins de la société mais de ceux des entreprises. Au menu également, une « gestion prévisionnelle des emplois et des compétences des secteurs stratégiques » pour adapter l’offre de formation.
Il s’agit également de « valoriser » celles qui parmi les entreprises qui « s’engagent pour favoriser des jobs étudiants de qualité », avec probablement la signature d’une charte. Sans contrainte donc et sans que l’impact sur la réussite scolaire de ces jobs rendus indispensables par la précarité ne soit interrogé.
Pour les étudiants ou apprentis ayant interrompu leurs études ou leur contrat ou les jeunes diplômés privés d’emploi, l’accès à des formations « courtes et professionnalisantes » doit être favorisé, par exemple via les « Préparations opérationnelles à l’emploi » de France Travail.
La prévention du décrochage devrait passer par une obligation de formation pour les 16-18 ans ou encore le renforcement du dispositif déjà existant AvenirPro d’intervention dans les lycées pros de conseillers France travail ou des missions locales (dont le budget a reculé de 7,6 % dans le budget 2026).
Pour les jeunes les plus vulnérables, comme les jeunes sortant de l’Aide Sociale à l’Enfance, mentorat et parrainage vers l’emploi doivent aussi être renforcés. Et une nouvelle application « 1 jeune, 1 solution » doit voir le jour…
La sécurité en façade
Quant au rapprochement avec les entreprises, moins d’un mois après le décès d’un lycéen dans le Gard lors d’un stage d’observation dans le BTP, la communication est axée sur la sécurité. Mais au-delà des déclarations d’intention pour « renforcer la prévention des risques professionnels » (mais sans moyens dédiés), « développer une culture de prévention » ou « sensibiliser les employeurs sur les obligations prévues par le Code du travail », il s’agit d’y renforcer encore la présence des jeunes avec l’objectif, par exemple, de « rendre systématique (cette) expérience dans les dispositifs jeunes tel que le contrat d’engagement jeune ».
Pour le reste, l’exécutif renvoie à la négociation entre patronat et syndicat. « Ce plan très opérationnel et centré sur des actions de court terme vient en complément des discussions menées dans le cadre de la conférence Travail, emploi, retraite sur des enjeux plus structurels », justifie Jean-Pierre Farandou.
« Un plan au rabais et pro-entreprises »
Au total, il est loin de remporter l’adhésion des syndicats étudiants. La secrétaire générale de l’Unef, Manon Moret, dénonce notamment auprès de l’AFP « un plan au rabais, pro-entreprises » et « sans moyens ».
Le Medef, en revanche, se frotte les mains. Si l’organisation patronale regrette la baisse des aides à l’apprentissage, elle « rejoint nombre des propositions » exposées ce jeudi et fourbit déjà ses armes pour la suite. En février, elle proposait de déterrer le CPE avec une nouvelle mouture baptisée « CDI jeune ». De quoi soulever un tollé.
« Concrètement, on dit à un jeune que, pendant trois ans, il sera à la merci d’un chef de service, sous la menace permanente du chômage, si jamais il se met à vouloir négocier quoi que ce soit sur ses conditions de travail », s’insurgeait notamment Denis Gravouil, secrétaire confédéral CGT.
Pas de doute que le Medef reviendra à la charge dans le cadre des négociations, quand bien même la perpétuelle précarisation a fait de longue date la preuve de son inefficacité au regard de l’objectif affiché de lutte contre le chômage. De là à trouver une oreille attentive en macronie, il n’y a qu’un pas.
Sources : l'Humanité
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