Flottille pour Gaza : la violence d’Israël indigne, enfin !
L’humiliation et la violence contre les militants de la flottille pour Gaza indigne en Europe et jusqu’à Benyamin Nétanyahou. Pourquoi cette fois ? s’interrogent de nombreux militants, alors que de telles violences, mais aussi de bien plus graves, commises contre les Palestiniens, ne cessent d’être documentées.
Le ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, parade au milieu de dizaines de militant·es de la Global Sumud Flotilla agenouillé·es, les mains liées dans le dos, la tête au sol. Il se rit d’elles et eux, lève un grand drapeau israélien au-dessus de lui. Ces images ont été filmées par ses services et diffusées sur ses réseaux sociaux mercredi 20 mai. Jeudi 21 mai, elles y sont toujours.
Ce traitement des 430 militant·es de la Global Sumud Flotilla arraisonnée dans les eaux internationales lundi 18 mai indigne, et ce jusqu’en Israël.
Même le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a pris ses distances avec son ministre dans un communiqué : certes, « Israël a tout à fait le droit d’empêcher les flottilles provocatrices de partisans des terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales et d’atteindre Gaza, a-t-il écrit. Cependant, la manière dont le ministre Ben Gvir a traité les militants de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et aux normes d’Israël ».
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Captures d’écran de la vidéo diffusée par Itamar Ben Gvir sur les réseaux sociaux le 20 mai 2026. On y voit les militants de la flottille pour Gaza agenouillés et les mains liées.
En Europe, les réactions à ces images sont nombreuses. « Nul ne devrait être sanctionné pour avoir défendu les droits humains », a déploré l’Union européenne. L’Espagne dénonce un traitement « monstrueux, indigne et inhumain ». C’est « inadmissible » pour la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni. Ce même adjectif a encore été choisi par Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères français. L’AFP a aussi révélé une lettre du premier ministre irlandais Micheál Martin qui exhorte le chef de l’Union européenne (UE) à prendre « de nouvelles mesures » contre Israël.
Les réactions se poursuivent jeudi 21 mai, et visent cette fois Itamar Ben Gvir. Le vice-président du conseil des ministres italien a demandé à l’Europe de discuter de « l’adoption de sanctions contre le ministre de la sécurité nationale israélien Ben Gvir ». Et la Pologne a annoncé vouloir l’interdire sur son territoire.
Bateau prison
La députée européenne Rima Hassan, qui a participé à la flottille de l’automne 2025, doute de la réelle volonté des États européens de voter des sanctions contre Israël. « Ils veulent imposer l’idée que ce serait une dérive isolée d’Itamar Ben Gvir, alors que ces pratiques font système, dénonce l’élue insoumise. De la même manière, l’Union européenne vient de voter des sanctions contre des organisations de colons extrémistes israéliens, comme si la colonisation des territoires palestiniens n’était pas une politique de l’État d’Israël. »
Rima Hassan rappelle les rapports, « tous difficiles à lire », qui documentent l’usage par Israël de la torture contre les Palestinien·nes, par exemple celui de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour les territoires occupés palestiniens. « La torture est une caractéristique structurelle du génocide israélien en cours et de l’apartheid colonial de peuplement plus large », écrit-elle.
Une partie des images ont été filmées sur l’un des bateaux prisons de l’armée israélienne qui a transporté pendant plusieurs jours les 430 militant·es arrêté·es et transporté·es jusqu’à un port israélien. L’élue au conseil de Paris Raphaëlle Primet avait déjà décrit pour Mediapart, le 4 mai, cette cale du bateau prison : « Un espace à ciel ouvert, avec des barbelés au-dessus de nous, avec autour des miradors et des coursives où patrouillaient des soldats. »
Elle décrivait aussi les matelas en mousse en très mauvais état, pas assez nombreux pour que tous et toutes puissent dormir, la « haine des jeunes soldats israéliens » qui réveillaient des prisonniers la nuit pendant leur sommeil avec « des bacs d’eau froide ». « On est très nombreux à avoir raconté ces violences », dit aujourd’hui l’élue du conseil de Paris. « Pourquoi est-ce que cette fois-ci il y a une réaction ? », s’interroge-t-elle.
« Ils ne peuvent pas découvrir la folie d’Itamar Ben Gvir, sa violence, son suprémacisme », s’indigne encore la députée insoumise Marie Mesmeur. Elle faisait partie de la précédente Global Sumud Flotilla, qui a cherché à forcer le blocus maritime de Gaza à l’automne dernier. Interpellée par l’armée israélienne et emprisonnée, elle a vécu exactement les mêmes scènes : « On est restés dans cette position deux fois deux heures dans un hangar. Itamar Ben Gvir nous a aussi filmés avec sa petite caméra de propagandiste, en hurlant, en nous traitant de tueurs d’enfants. » Elle rapporte aussi ce qu’elle a vu dans sa geôle : « Des impacts de balles dans les murs et des messages écrits avec leurs ongles par des Palestiniens pour leur famille. Dans la cour de la prison, on a vu du sang, comme si quelqu’un venait d’être exécuté. »
« Nous confirmons cette violence. C’est la manière dont ils se comportent. Et ce n’est rien comparé à ce qu’ils font aux prisonniers palestiniens », dit lui aussi Saif Abukeshek. Ce militant espagnol d’origine palestinienne, membre de la flottille de ce printemps 2026, a été fait prisonnier par l’armée israélienne le 29 avril, lors d’une première interception illégale d’une partie des bateaux dans les eaux internationales. Avec un autre militant, Thiago Ávila, il est resté détenu par Israël jusqu’au 11 mai.
Il a alors été « placé à l’isolement », il a subi des interrogatoires qui ont duré « jusqu’à dix-huit heures ». Il était déplacé les mains liées et les pieds enchaînés, toujours les yeux bandés. Il affirme avoir entendu « les cris des prisonniers palestiniens torturés, de jour comme de nuit ».
Les 430 militant·es passé·es par les mains d’Israël viennent d’être expulsé·es vers la Turquie, d’où ils pourront rejoindre leurs pays. Rima Hassan salue l’engagement de ces flottilles qui parviennent à « maintenir une attention sur la bande de Gaza ». « Heureusement qu’il y a des gens courageux qui continuent à monter sur ces flottilles », loue aussi Marie Mesmeur. Mais elle s’interroge : « Israël les a capturés dans les eaux internationales, en toute illégalité, à proximité des côtes européennes. La prochaine fois, ils viendront les chercher directement dans les ports européens ? »
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