Pourquoi et comment faire barrage à l'extrême droite ?

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Pourquoi et comment faire barrage à l'extrême droite ?

 

 

Parce qu’il concentre de grands enjeux du moment – effets de la mondialisation capitaliste, sécurité sanitaire, alimentaire et climatique –, j’ai consacré mon article principal de la semaine à une polémique née en Seine-Saint-Denis, dans la ville de Saint-Ouen, à propos du poulet en barquette à bas prix.

 

 

Je ne saurais que conseiller un peu plus de sérénité et de réflexion dans les débats à gauche pour élaborer, au cœur même et avec des populations précarisées, de villes en voie de gentrification, des salariés des chaînes alimentaires faisant du profit sur le « mauvais manger », des agriculteurs producteurs, une voie d’émancipation. Cela supposerait de sortir des schémas imposés par avance par le capitalisme, intégrant toujours intimement son complexe médiatico-politique. La barquette de poulet frit concentre de multiples enjeux politiques, culturels, sociaux contemporains qui appellent le dépassement de ce système en vue de son abolition dans un large processus communiste, compris comme la mise en mouvement des citoyens et des travailleurs de toutes discipline , de toutes opinions pour reprendre leur vie en main.

                                          

 

Tel est d’ailleurs le processus qu’il conviendrait d’impulser pour faire reculer les extrêmes droites et les empêcher de s’accaparer le pouvoir présidentiel et législatif. Nous ne sommes plus en 2002 ni même en ce 7 juillet 2024. Ce jour-là, grâce à la construction d’un intelligent front mêlant Nouveau Front populaire et front démocratique et républicain, sous l’impulsion des forces de gauche et écologistes, les électrices et les électeurs ont empêché l’extrême droite de conquérir le pouvoir législatif.

 

 

Cette victoire a été trop peu analysée au sein des forces républicaines, notamment à gauche. En effet, si l’extrême droite avait été majoritaire à l’Assemblée nationale, nous nous serions retrouvés dans un processus incontrôlable et antirépublicain de modifications des institutions à partir des propositions de loi du RN/FN sur la préférence nationale.

 

 

Trop peu de leçons ont été retenues de ce moment et, mis à part quelques courageux livres, des initiatives et informations de plusieurs journaux et revues, dont le dernier hors-série commun à L’Humanité, Radio Nova, Blast, StreetPress, peu a été fait pour freiner la progression de cette dangereuse extrême droite dans un contexte où elle progresse partout en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine sur fond d’insécurité globale et de guerre, tandis que le capital monopoliste du numérique et de l’armement contrôle les vies et les ressources naturelles.

 

 

C’est un fait que depuis juillet 2024, les extrêmes droites n’ont cessé de progresser dans les urnes, dans les rues, dans certaines institutions étatiques, et se sont dotées de redoutables outils de pénétration des masses et de formatage des imaginaires.

 

 

Nous ne sommes plus en 1983 ou en 2002 où des forces politiques du libéralisme et des fractions de la social-démocratie mutante utilisaient le FN comme outil pour se maintenir au pouvoir. Nous sommes dans un autre moment très dangereux. Les extrêmes droites sont constituées en internationale qui se coordonne. Elles sont les groupes les plus importants du Parlement européen. Elles progressent partout au sein de l’Union européenne. Les élections locales au Royaume-Uni viennent encore d’en faire une sombre démonstration.

 

 

La nouveauté se trouve aussi dans le basculement d’une partie conséquente de la bourgeoisie et du grand capital. On le voit avec la banalisation de l’affichage public du MEDEF et d’autres sphères du patronat avec le RN/FN. Ces forces et leurs mandataires au pouvoir, dans les médias et dans les partis qui se revendiquent de la République, n’ont eu de cesse de travailler à la division des forces de gauche qui, au lieu de résister, se sont prêtées au jeu de la compétition sans contenu sur la base d’un terrible confusionnisme visant à assimiler La France insoumise à l’extrême droite, à assimiler les écologistes à des « éco-terroristes » détachés des préoccupations populaires et renvoyant le Parti communiste au passé du soviétisme, en criminalisant de plus en plus de militants syndicaux, notamment ceux de la CGT, en dénigrant des associations comme la Ligue des droits de l’homme ou les associations défendant la cause palestinienne contre le crime de génocide organisé par l’extrême droite israélienne à Gaza notamment.

 

 

Ces campagnes ne sont pas des signes de force des possédants et de leur garde rapprochée. C’est au contraire la manifestation d’une lutte entre les possédants et les dépossédés qui cherchent une voie d’émancipation. Face à cela, les possédants cherchent à construire l’unité des droites et des droites extrêmes pour sauver le système.

 

 

Nous ne sommes donc plus en 2002, en 1983 ni même en juillet 2024. Nous sommes entrés dans cette phase où les possédants et les exploiteurs n’organisent pas un complot pour agiter la peur du RN/FN afin de maintenir au pouvoir des mandataires de droite ou sociaux-libéraux. Ils donnent de la force et des pouvoirs au RN/FN pour sauver le système en cassant rapidement la Sécurité sociale, en organisant une manipulation autour du salaire brut et du salaire net  afin d’appauvrir encore les populations, en faisant la chasse aux pauvres et aux prestations sociales, en s’attaquant au statut des fonctions publiques, en démantelant les grands secteurs de la SNCF ou d’EDF au profit du capital privé, en s’inscrivant dans un dangereux militarisme.

 

 

Ajoutons cette haine consubstantielle des droites extrémisées et de l’extrême du droit (social, pénal, humain, laïcité) et du droit international. Un incroyable confusionnisme est poussé à ce propos afin d’inverser les valeurs construites depuis 1945. Voilà ce que cache le jeu politicien à l’œuvre. Voilà la nature des combats de classe immédiats à mener dans l’unité.

 

 

Ces derniers jours ont montré comment le FN/RN et ses propagandistes travaillent le terrain des consciences, testent des actes, modifient les priorités et les valeurs. Ils viennent de gagner 70 villes à l’occasion des élections municipales. Chacune d’elles devient un laboratoire : on teste « Maréchal, nous voilà » à l’occasion du 8 mai, une offensive est enclenchée contre les syndicats, la Ligue des droits de l’homme ; les budgets de la culture sont réduits, des initiatives culturelles annulées ou réduites (Vauvert, Jazz, Festival international du film politique de Carcassonne, festival Street Art de La Seyne-sur-Mer, cérémonie du 1er mai annulée à Liévin et Grenay, fête de la CGT annulée à Saint-Avold en Moselle, annulation de la journée de l’abolition de l’esclavage le 10 mai à Vierzon…).

 

 

La phase nouvelle est celle de la montée d’une nouvelle internationale proto- et technofasciste qui théorise la disparition de la démocratie et la glorification de la propriété privée lucrative. Ce n’est ni un complot ni  une opération politique, mais la promotion et la naissance d’un ordre nouveau, d’un capitalisme de fer sous la férule des géants du numérique et de son capitalisme numérique et de surveillance, la destruction du droit pour le retour à la loi du plus fort  qui induit la promotion d’un militarisme qu’il ne faut pas confondre avec le concept de « défense nationale ».

 

 

Le danger est là. Il rampe. Il avance déjà sous les atours de ce que certains baptisent la « dédiabolisation », ce mot qui sert à faire progresser, sans jamais le dire, le RN/FN.

 

 

Quand le danger est là, il faut savoir tirer les leçons américaines qui ont fait triompher Trump, celle du pouvoir israélien, argentin, salvadorien et, dans un autre registre, celle de l’Italie. Aucun démocrate ne peut sommeiller. Aucun républicain ne peut laisser essayer quand, en Allemagne et ailleurs, des forces se réclamant du nazisme progressent.

 

 

Quand le capital choisit l’extrême droite, les forces du travail et de la création doivent se donner l’ambition de tout faire, sans attendre, pour empêcher le pire.

 

 

Et pour empêcher le pire, il est de l’absolue responsabilité des forces progressistes et écologistes d’offrir un projet de changement plaçant en son cœur la démocratie politique et sociale, la citoyenneté dans la cité, mais surtout de placer le travail  au cœur d’une révolutionnaire politique de transformation sociale, démocratique et écologique.

 

 

Plus précisément : le pouvoir citoyen sur  le travail et la production incluant de nouvelles conditions de rémunération à partir des qualifications et des besoins, la copropriété des outils de production, des systèmes nouveaux de codécision populaire  et d’autogestion, des pouvoirs populaires sur la création monétaire et sur une nouvelle diplomatie de paix et une diplomatie climatique en lien avec les organisations sociales des autres pays.

 

 

Une autre condition devient impérative : l’unité populaire et l’union des forces démocratiques, loin des divisions et des querelles au sein des forces de gauche, loin d’argumentaires et de comportements qui ne provoquent que dégoût dans les classes populaires.

 

 

Il est bien temps de se ressaisir et de regarder en face le venin qui se répand, porté par des forces qui n’ont jamais accepté la Révolution française, ni le Front populaire, ni les conquis communistes et ceux de la gauche.  Il convient donc d’agir en conséquence. Et urgemment.

Publié dans PCF, Extrême droite

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