40ème congrès du PCF. Pourquoi je voterai pour le texte 4. Par Jean Chambon

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

40ème congrès du PCF. Pourquoi je voterai pour le texte 4. Par Jean Chambon

 

Les communistes votent les 5, 6 et 7 juin sur le choix de projet de base commune à partir de laquelle s’engageront les travaux des congrès des sections, des Fédérations et du congrès national à Lille début juillet.

 

C’est un moment très important de la préparation du congrès, car il détermine l’orientation politique de notre parti, le contenu du projet communiste, la stratégie du parti pour les élections (présidentielle et législatives) de 2027, que souhaitent mettre en pratiques les communistes. Ils ont le choix entre 4 projets :

 

  • Le premier projet est texte de la direction sortante, «Un communisme de conquête» qui a été adopté par le Conseil National, avec 74 voix «pour» sur ses 182 membres élus-es (1). 

 

  • Le second, (« Communistes à l’offensive»), prolonge celui qui était déjà présent au congrès de 2023 («Urgence de communisme»). De nombreux signataires étaient parmi la direction précédente le 38ème congrès et ont exprimé leur désaccord avec "Le manifeste".

 

  • Le troisième est («Stratégie Communiste») porte une part critique sur la mise en oeuvre des orientations des 38 et 39ème congrès par la direction nationale, veut ouvrir le débat pour un nouveau projet communiste et ne se prononce pas clairement pour une candidature communiste à la présidentielle.

 

  • Le quatrième est «Résister et construire une nouvelle page du communisme»). Il comporte une critique de la mise en oeuvre des orientations politiques des 38 et 39ème congrès. Il réaffirme fortement le projet communiste adapté au 38 et 39ème congrès et propose une transition vers le communisme avec un socialisme de libertés, d'émancipation autogestionnaire. Il se prononce clairement pour une candidature communiste à la présidentielle à décider en septembre en portant dans un même mouvement présidentielle - bataille contre le capital avec une campagne pour les idées communistes face aux défis (austérité-budget-nouvelle industrialisation-services publics-sécurité sociale - défi environnemental) - négociation avec les forces de gauche pour un accord pour les législatives. En résumé ni régression ni dilution : affirmation des idées et du projet communistes face au danger de l'extrême droite !

 

Depuis quelques jours, des membres de la direction nationale sortante font preuve de fébrilité. Du fait de sa faiblesse, le projet du CN ne convainc pas (2) et le projet 4 soutenu par des membres de la direction nationale, des responsables de commissions et de nombreux syndicalistes est très présent dans les débats. Pour tenter de compenser cela, certains utilisent "la méthode de la peur" conduisant à solliciter le vote utile des communistes au prétexte que le secrétaire national serait mis en danger par les ennemis de l’extérieur et les «ennemis de l’intérieur». Cette méthode qui s'appuie sur le légitimisme peut être dangereuse pour la démocratie interne de notre parti. Car c'est le refus du débat de fond qui prend le dessus alors que la phase actuelle de la préparation du congrès est l'usage par les communistes de leur droit à choisir l'orientation politique et qu'ils souhaitent conforme aux 38ème et au 39ème congrès.

 

Sans s’attarder sur le détail des textes, je pointe 2 divergences essentielles: l'une sur la conception de la visée communiste et la transition socialiste et l'autre sur la question stratégique pour les échéances de 2027.

 

Sur la transition socialiste, telle que présentée dans le texte du CN, elle est conditionnée à une prise du pouvoir d'Etat et renvoie les luttes et l'exigence de démocratie comme des soutiens aux décisions que devrait prendre l'Etat pour transformer la société, alors que la démarche des 38 et 39ème congrès, conçoit la prise du pouvoir d'Etat et les transformations nécessaires de celui-ci comme les résultats des mobilisations contre le capital, du monde du travail et de la société, pour lui imposer des transformations immédiates, radicales, sociales, économiques et démocratiques.

 

Cela conduit à une triple exigence pour notre parti : d'une part être présent là où travaille et vit le monde du travail afin de construire des rapports de force permettant d'acquérir des pouvoirs nouveaux face au capital (entreprises et institutions) et ses représentants politiques, d'autre part porter des contenus transformateurs avec le projet communiste qui place le développement de toutes les capacités humaines, l'emploi et la formation comme les moteurs de l'économie et de la vie sociale, et enfin soutenir et initier des luttes permettant de faire bouger les rapports des forces tout en faisant progresser la conscience de classe et l'unité du monde du travail aujourd'hui très fragmenté.

 

C'est la différence de fond. La transition avec un socialisme de libertés, d'émancipation autogestionnaire ne se substitue pas à la visée communiste à la fois but et chemin pour y parvenir, alors que le texte du CN la substitue par un "socialisme" que nous qualifions "d'étatique" qui devient le but en lieu et place de la visée communiste et renvoie le projet communiste aux calanques grecques alors qu'il doit être le moteur de la mise en mouvement de la société et de son unité.

 

Sur les échéances de 2027. Le risque de voir l'extrême droite accéder au pouvoir est sous-évaluée dans le projet du Conseil national qui propose une candidature de rassemblement issue de ses rangs, pour l’élection présidentielle (...) tout en considérant quasi-impossible l'union à gauche (ni Mélenchon ni Glucksman). Le texte reste par ailleurs flou sur les législatives. Il est regrettable que ne soit pas mieux traité le risque réel que l’extrême droite accède au pouvoir et le comment y faire face. 

 

Avec des nuances, les textes alternatifs, abordent la question du danger de l’extrême droite et pointent la nécessité d’un rassemblement de la gauche, pouvant conduire à soutenir un candidat autre que communiste (Mélenchon) pour le texte 2 et pour le texte 3 c'est la recherche d'une candidature commune de la gauche avec une clause de revoyure en début d'année 2027 où en l'absence d'accord à gauche, il serait possible d'envisager une candidature communiste. La démarche est compliquée, flou et n'est pas sans rappeler celles des collectifs anti-libéraux de 2007.

 

 

Seul le texte 4 aborde les échéances de 2027 avec une double ambitions liées : l'affirmation des idées et du projet communistes pour transformer la société et s'opposer à l'accès au pouvoir de l'extrême-droite. Le texte n'écarte pas a priori une candidature communiste portant notre propre projet, pour se rallier d'emblée à un candidat « susceptible de rassembler », en pratique, Jean-Luc Mélenchon. C'est une démarche qui peut apparaître généreuse sur le papier, mais l'expérience nous montre que le suivisme ne crée pas de dynamique victorieuse, bien au contraire. Si nous effaçons notre parti et nos idées de rupture dès le départ, comment convaincrons-nous les déçus de la gauche et les abstentionnistes qui se tournent aujourd'hui vers le RN ?

 

 

Nous avons besoin d'un PCF fort et fier de ses propositions pour assécher la colère populaire, et non d'un parti en retrait ou qui s'efface. Nous sommes convaincus que pour combattre efficacement l'extrême-droite, il faut redonner du sens politique et démontrer que la responsabilité des souffrances sociales incombe au capital, et non à l'immigré, au voisin ou à l'allocataire. Cette démarche claire est construite en 6 points :

 

 

1- Lancer une bataille rassembleuse sur le budget, contre l’austérité (y compris la Sécu) et pour un fonds d’avance pour les services publics en France et en Europe

 

 

2- Engager des négociations avec l’arc du NFP (Nouveau Front Populaire), y compris la CGT et la FSU, pour une mise à jour du programme du NFP (par exemple sur l’international), tant sur les exigences sociales et écologiques que sur les moyens et pouvoirs. Ce programme est la base d’un accord législatif, s’il y en a un, en mettant les éléments sur la place publique.

 

 

3- Décider au congrès du principe d’un candidat communiste à la présidentielle, prévoir une conférence nationale de désignation et de programme à l’automne : on bâtit le projet avant de choisir le candidat et non l'inverse !

 

 

4- Négociation législatives sur le programme et sur la présence de candidats communistes aux législatives dans l’ensemble du territoire (et pas seulement 50 circonscriptions)

 

 

5- Bataille de fond avec/par le.la candidat.e en portant le projet (les idées) et des propositions précises qui l'illustrent.

 

 

6- En janvier-février conférence nationale de « revoyure » : où en est l’avancée des négociations de programme ? Où en est notre campagne ? Où en est le paysage politique et l’extrême-droite ? Où en est la négociation sur les législatives ?

 

En votant les 6 et 7 juin les communistes ne vont pas fermer le débat, mais leur vote pour le texte alternatif «Résister et construire»  aura au moins le mérite de la clarté et permettra aux communistes de porter dans un même mouvement : projet communiste, candidat communiste, construction de l'union pour les législatives, campagne offensive sous la maîtrise des communistes et revoyure en début d'année pour faire le point et décider. Avisés, les communistes doivent avoir « la main » pour décider. C'est notre boussole !  

 

Ce sont les raisons pour lesquelles je vote et appelle à voter pour le texte 4 : "Résister et construire une nouvelle page du communisme"

 

Jean Chambon

 

(1): 74 pour, 22 contre et 9 abstentions. La direction sortante préfère parler en % (Approuvé par 77% des votants) plutôt que de donner le nombre de voix qui illustre la désaffection du CN qui interpelle.

 

Publié dans PCF, 40ème congrès

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