Cuisine centrale de Pierre-Bénite : Les très mauvaises recettes de M. MOROGE (Maire)
Décidément, certaines recettes municipales ont du mal à passer. Quand il fallait vendre la fusion Oullins-Pierre-Bénite aux habitants, la cuisine centrale figurait au menu des promesses. Son extension devait permettre de produire davantage de repas pour les écoles de la commune nouvelle¹. Une belle vitrine de la fusion, présentée comme l'un des symboles de l'efficacité de la nouvelle commune. Deux ans plus tard, la cuisine centrale est passée du statut de projet d'avenir à celui de problème structurel.
Dans les recettes Moroge, les ingrédients changent parfois en cours de préparation. Hier, la cuisine centrale servait à démontrer les vertus de la fusion. Aujourd'hui, elle sert à justifier son externalisation.
Pourtant, les documents dont nous disposons racontent une histoire un peu différente de celle servie aujourd'hui aux habitants. Le 20 mars 2025, la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) adresse un courrier à la Ville à la suite d'une inspection réalisée quelques jours plus tôt².
La DDPP relève plusieurs non-conformités et demande un plan d'actions ainsi que des travaux de mise en conformité. Elle conclut néanmoins à une maîtrise des risques sanitaires «acceptable» et à un niveau d'hygiène «satisfaisant»².
Autrement dit, la DDPP demande des corrections. Pas une fermeture. Pas un arrêt de l'activité. Pas davantage une obligation de déléguer le service au privé.
La fermeture de la cuisine centrale n'est donc pas une conséquence directe du rapport de la DDPP. C'est un choix politique de la municipalité. Un choix qui peut naturellement être débattu. Encore aurait-il fallu qu'il le soit. Car si l'on en croit le courrier du maire, les difficultés étaient identifiées depuis mars 2025 au moins.
Si les difficultés étaient connues depuis plus d'un an, pourquoi les habitants et l’opposition ne les découvrent-ils qu'aujourd'hui ? Pendant plus d'un an, aucun débat en conseil municipal, aucune information des conseils de quartier, aucune réunion avec les parents d'élèves, aucune publication des audits et expertises pourtant invoqués aujourd'hui pour justifier la fermeture.
Le plus étonnant est sans doute ailleurs. Le 24 février 2026, lors d'une réunion publique organisée par des associations citoyennes sur les questions d'alimentation, Marlène Bontemps — alors 1ère adjointe au Maire — présentait encore l'agrandissement de la cuisine centrale comme l'un des projets majeurs du prochain mandat. À cette date, les observations de la DDPP étaient pourtant connues depuis près d'un an.
Curieuse chronologie. D'un côté, la municipalité travaille sur des audits mettant en évidence des difficultés structurelles. De l'autre, elle continue à présenter publiquement l'extension de la cuisine centrale comme un projet d'avenir.
La cuisine centrale aura donc connu un destin exceptionnel : en moins de quatre mois, passer du statut de projet phare du prochain mandat à celui de problème structurel justifiant sa fermeture. Pourtant, dans son programme « Plus forts ensemble », la majorité s'engageait à « faire vivre la démocratie au plus près des habitants », à favoriser le dialogue et à permettre à chacun de prendre part aux décisions³.
Sur le dossier de la cuisine centrale, les habitants auront surtout été invités à découvrir la
décision une fois celle-ci déjà servie. Froide.
Mais derrière cette affaire se cache une question plus essentielle. Partout en France, la précarité alimentaire progresse. Pour de nombreux enfants, le repas pris à l'école constitue l'un des repas les plus équilibrés de la journée. Dans ce contexte, disposer d'une cuisine centrale en régie publique n'est pas un détail administratif. C'est un choix politique.Mais la cuisine centrale n'est pas seulement un outil au service des écoles : elle prépare également les repas destinés à la petite enfance, aux centres de loisirs, aux seniors et au service de portage à domicile².
Autrement dit, ce n'est pas uniquement la restauration scolaire qui est concernée. C'est une partie importante de la politique sociale de la commune. Derrière les questions techniques et sanitaires, c'est donc bien l'avenir d'un service public de proximité qui est en jeu.
Un choix qui permet à la collectivité de maîtriser directement la qualité des repas, les approvisionnements, les objectifs environnementaux, la place donnée aux circuits courts et la politique tarifaire appliquée aux familles.
Une cuisine centrale en régie publique ne permet pas seulement de maîtriser la qualité des repas. Elle permet aussi à la collectivité de maîtriser sa politique tarifaire et de faire de la restauration scolaire un véritable outil de justice sociale. C'est précisément la raison pour laquelle Agir Ensemble défendait, lors des élections municipales, non seulement le maintien et l'agrandissement de la cuisine centrale de Pierre-Bénite, mais également le retour en régie publique de la restauration scolaire dans l'ensemble des écoles de la commune nouvelle.
Car si l'ancienne commune de Pierre-Bénite avait fait le choix d'une restauration produite en régie municipale, l'ancienne commune d'Oullins avait, elle, confié ce service à un prestataire privé. Notre conviction était simple : pour garantir une restauration scolaire plus démocratique, plus écologique et plus juste socialement, la maîtrise publique du service est un atout, pas un obstacle.
À l'heure où la majorité choisit l'externalisation, nous continuons à penser que l'alimentation des enfants mérite mieux qu'une logique de délégation. Elle mérite un véritable projet de service public.
La décision est d'autant moins anodine qu'elle intervient dans un contexte où de nombreuses interrogations existent sur l'avenir des effectifs municipaux et sur la réduction du périmètre des services publics communaux. La cuisine centrale devait être l'un des symboles de la fusion. Elle risque bien de devenir le symbole d'autre chose : une décision concoctée en coulisses, bien à l'abri des débats publics, puis présentée comme une évidence une fois les jeux faits.
À Oullins-Pierre-Bénite, les habitants demandaient de la cuisine locale. Ils découvrent, une nouvelle fois, la tambouille municipale.
La cuisine centrale devait nourrir tous les enfants. Elle nourrissait aussi les aînés, les centres de loisirs et une partie de la solidarité locale. Elle sert aujourd'hui à inaugurer une sévère mise à la diète du service public communal. Tout un symbole.
Tribune du groupe Agir Ensemble – Oullins-Pierre-Bénite
Signez la pétition : Non à la fermeture de la cuisine centrale de Pierre-Bénite
Références
¹ Projet de fusion Oullins–Pierre-Bénite – « Objectif Commun »
² Courrier de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) du 20 mars 2025
³ Programme municipal « Plus forts ensemble »
Sources complémentaires
● Contrôles sanitaires Alim'Confiance (Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire).
● Réunion citoyenne sur l'alimentation du 24 février 2026.
● Métropole de Lyon – Compte-rendu du cycle restauration collective (organisation et effectifs de la cuisine centrale en régie publique).
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