Scandaleux ! Fibre Excellence : le tribunal de commerce rejette l’offre de Matthieu Pigasse et examine la liquidation du site de Tarascon
La procureure du tribunal de commerce de Toulouse vient de requérir la liquidation d’une des deux usines de Fibre Excellence ce 27 juillet. Le site de Tarascon (270 salariés et 5 000 emplois indirects) pourrait fermer ses portes, au grand dam des salariés qui dénoncent l’attitude du gouvernement dans ce dossier.
Le répit pour les uns, l’abattement pour les autres. Personne n’avait imaginé que le sort du dossier Fibre Excellence serait tranché de cette manière : la procureure du tribunal de commerce de Toulouse vient de requérir la liquidation d’un des deux sites de l’entreprise, celui de Tarascon (Bouches-du-Rhône), tout en autorisant le maintien de l’activité pour celui de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).
Ce dernier va peut-être être sauvé par un industriel familial qui ne souhaite pour l’instant pas faire connaître son identité, mais qui a déposé une lettre d’intention le 23 juillet dernier, selon nos informations. Son plan de sauvetage doit encore être précisé. Une chose est sûre : le projet de reprise global déposé par le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, soutenu par les élus locaux et les syndicats, a été écarté.
« Si le gouvernement avait voulu s’impliquer, on n’en serait pas là »
« Si le gouvernement avait voulu s’impliquer dans le dossier, on n’en serait pas là », fulmine Cédric Caubère, responsable de la CGT Haute-Garonne. Jean-Michel Bulinge, de la CGT Fibre Excellence à Tarascon, partage ce sentiment, entre colère et amertume : « Mon analyse à chaud est très simple : le gouvernement ne tient visiblement pas à garder les industries en France. On leur a amené un investisseur français, qui proposait de sauver tous les emplois, et ils n’en ont pas voulu. »
Le syndicaliste fait référence à la mauvaise volonté manifeste de l’exécutif dans la dernière ligne droite de ce dossier. Rappelons en deux mots qu’il s’agit d’enjeux industriels colossaux. Placée en redressement judiciaire depuis avril, Fibre Excellence possède les deux dernières grandes usines de pâte à papier de France.
En plus du papier, elle produit aussi de l’électricité à partir de bois. « Les sites de Saint-Gaudens et Tarascon représentent près de 700 emplois directs et 10 000 emplois indirects, soulignait la CGT dans un communiqué. La liquidation du site, fournisseur de près de 80 % de la capacité française de pâte marchande, pourrait en outre faire passer le déficit dans la balance commerciale dû aux importations de pâte à papier, de 1 à 2 milliards d’euros. »
Un plan de reprise plombé par l’État
L’offre de reprise de Matthieu Pigasse, soutenue à bout de bras par les syndicats et les élus locaux, prévoyait le sauvetage des emplois. L’homme d’affaires avait bouclé un tour de table permettant d’apporter 100 millions d’euros d’argent frais en tout, mais il avait besoin que l’État soutienne le projet à hauteur de 110 millions d’euros supplémentaires, non pas en cash, mais sous forme de rachat de l’électricité par EDF, d’approvisionnement en bois de la part de l’Office national des forêts (ONF) ou de réintégration de l’entreprise dans le système européen de quotas carbone.
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le gouvernement n’a pas été tendre avec le projet, dans les jours précédant l’annonce du tribunal. Roland Lescure, ministre de l’Économie, avait carrément sorti la sulfateuse, estimant que le plan de Matthieu Pigasse « manquait totalement de crédibilité » et « vendait du rêve à des salariés qui risquent de vivre un cauchemar », avant de décocher une ultime flèche à l’endroit de l’homme d’affaires : « Ça me rappelle non pas Robin des Bois, mais le shérif de Nottingham, qui fait des actions avec l’argent des autres. »
Il est difficile de ne pas avoir une lecture politique de ce bras de fer, quand on connaît les engagements (à gauche) de Matthieu Pigasse, qui ne fait pas mystère de son intention de peser sur l’élection présidentielle de 2027. « Pigasse est clairement dans le collimateur du gouvernement, estimait un observateur il y a quelques jours. Et on a un peu l’impression que l’exécutif prépare les esprits à une possible liquidation de la boîte, en lui faisant porter le chapeau… »
En attendant, ce sont les salariés qui font les frais du bras de fer politique. Ceux de Tarascon nous ont confié leur intention de poursuivre le blocage du site, qu’ils ont entamé il y a quelques jours. Selon le délégué syndical CGT de l’usine, 5 000 emplois indirects sont en jeu. Le tribunal de commerce devrait rendre sa décision définitive mercredi.
De son côté, Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, se veut confiant quant à l’avenir du site de Saint-Gaudens. « Mes services, en lien avec la Région Occitanie, vont se mobiliser pour voir de quelle manière cette offre (de reprise) peut être consolidée, déclarait-il dans la foulée de l’annonce. Avec Roland Lescure, nous mesurons l’inquiétude et l’attente de l’ensemble des salariés. Quelle que soit la décision du tribunal dans les prochains jours, l’État sera à leurs côtés. »
Si de l’argent public est investi dans une entreprise en difficulté celle-ci doit devenir un bien commun avec des nouveaux droits d’intervention dans la gestion pour les salariés. C’est la règle du jeu qu’il faut imposer désormais, ni étatisme, ni capitalisme. Un système autogestionnaire de proximité, organisé, aidé et coordonné nationalement, on sait faire en France voir, le système de sécurité sociale mis en place en 1945 !
Le tribunal de commerce de Toulouse en rejetant l'offre de reprise du banquier Pigasse pour le groupe Fibre Excellence a aussi remis en cause l'offre qui devait assurer la gestion de la papeterie Chapelle Darblay en Seine-Maritime. Un nouveau choc pour le site normand, fermé depuis 6 ans et prêt à redémarrer depuis janvier. L'avenir de la papeterie de Grand-Couronne plonge à nouveau dans l'incertitude.
Le projet de reconversion du site, à l'arrêt depuis 2019, se jouait en grande partie ce lundi 27 juillet, à 800 kilomètres de là, à Toulouse. Le tribunal de commerce y a rejeté l'offre de reprise du banquier d'affaires, Matthieu Pigasse, pour Fibre Excellence, l'entreprise qui devait assurer la gestion de l'usine normande. »
Sources : Cyprien Boganda Article publié par l'Humanité
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