. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, répond à l'Humanité Dimanche

Publié le par HD

Pierre Laurent mène une bataille achrané contre le coût du capital et pour la construction d'une alternative de gauche, radicale et citoyenne portée par les forces rassemblées qui s'opposent à l'austérité

Pierre Laurent mène une bataille achrané contre le coût du capital et pour la construction d'une alternative de gauche, radicale et citoyenne portée par les forces rassemblées qui s'opposent à l'austérité

Dans une actualité marquée par la tragédie des attentats, par la montée du Front national, Pierre Laurent travaille à l’émergence d’une alternative.

Pour le secrétaire national du PCF, l’actuelle expérience grecque peut redonner espoir à tous ceux qui veulent rompre avec l’austérité. Ceux qu’il rencontre, au cours du tour de France qu’il a débuté, le confortent dans la nécessité de construire une large force collective qui s’oppose aux politiques actuelles.

HD. Vous vous êtes félicité de la mobilisation historique du 11 janvier dernier. En reste-t-il quelque chose aujourd’hui ?

PIERRE LAURENT. Oui, des choses très importantes. Ce fut une véritable mobilisation nationale pour la défense des libertés et pour le vivre-ensemble. Après les attentats de Copenhague et la profanation du cimetière juif en Alsace, nous constatons combien ces valeurs doivent être portées haut.

La France s’est levée contre la violence, la haine, les racismes. Cet élan doit trouver des prolongements. Le 11 janvier s’est aussi exprimé un attachement très profond à une République qui permette à tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance religieuse ou leurs convictions, de vivre ensemble. C’est un attachement très profond aux valeurs de liberté qui est indissociable à celles d’égalité pour tous. Sur ce point, le pays reste traversé d’un malaise très profond.

Tous les citoyens français sont attachés à la République pour tous, mais beaucoup ont le sentiment qu’elle ne sait plus faire vivre ces valeurs d’égalité et qu’une partie grandissante de citoyens est laissée sur le chemin.

HD. À vos yeux, la dernière élection partielle dans le Doubs n’infirme pas ce message ?

P. L. Il n’y aura aucune traduction mécanique entre l’élan du 11 janvier et les échéances électorales. Le débat reste toujours aussi vif dans le pays sur la manière de faire vivre ces valeurs.

L’élection partielle du Doubs, après beaucoup d’autres, montre que la majorité de nos concitoyens ne se reconnaissent plus dans l’offre politique. La politique gouvernementale porte une responsabilité écrasante dans la démobilisation des électeurs de gauche. Le FN, dont les thèmes de campagne ont été depuis des années totalement banalisés par la droite, prospère sur cette situation et capitalise une partie du découragement et du désespoir qui s’installent dans l’électorat populaire.

Tant qu’un nouveau chemin d’espoir ne sera pas ouvert à gauche, le danger du FN menacera.

Le PS ne peut en aucun cas se satisfaire du résultat du Doubs et ceux qui continuent de faire le calcul que le caractère repoussoir du FN suffira à s’en tirer sont maintenant des irresponsables politiques. L’enfermement du choix des Français entre la droite sarkozyste, le Front national et la politique gouvernementale conduira à des catastrophes politiques majeures.

Le FN a marqué des points pour faire croire que l’immigration ou les divisions du monde du travail seraient la cause de la crise quand, en réalité, c’est le pouvoir de la finance et de tous ceux qui la servent.

La bataille d’idées que nous menons avec le FG depuis des années et qui doit s’ouvrir aujourd’hui à beaucoup de forces nouvelles est la seule qui puisse nous sortir de cette situation.

HD. Pourquoi Syriza gagne en Grèce alors que l’alternative n’apparaît pas de ce côté-là en France ?

P. L. D’abord je veux dire que la réussite du gouvernement grec est un enjeu pour le peuple grec mais également pour tous les pays européens qui ont un urgent besoin de rompre avec l’austérité. Tous ceux qui disent que l’austérité n’est pas la solution doivent appuyer le gouvernement Syriza et sa proposition de « programme-pont». Cessons donc les hypocrisies, respecter le vote des Grecs, c’est aider la Grèce à réussir sur un autre chemin que celui de l’austérité. L’élection du gouvernement d’Alexis Tsipras est une chance pour toute l’Europe.

En ce qui concerne la France, j’entends dire que l’installation du FN en France tiendrait à la faiblesse du Front de gauche. Cela tient en réalité au fait que les deux principales forces politiques du pays ont joué la carte de son installation dans le paysage politique: l’UMP, et Sarkozy en tête, au plan idéologique en banalisant ses thèmes et en pensant pouvoir récupérer à son profit ces idées-là ; le PS a joué lui aussi depuis des années la carte du FN en pensant l’utiliser comme un repoussoir.

Ces deux forces voient aujourd’hui le diable qu’ils ont enfanté les dépasser et mettre en danger tout l’édifice démocratique. Le gouvernement socialiste de François Hollande, en jetant aux orties toutes ses promesses de changement et singulièrement en refusant de s’attaquer à la question européenne, a donné un nouveau coup de fouet au FN qui était déjà installé à un haut niveau.

Le travail du FG est, dans ces conditions, un travail de longue haleine pour reconstruire un espoir à gauche qui ne peut pas s’organiser autour de la politique gouvernementale actuelle. Pour rendre crédible une issue progressiste à la crise, c’est une autre orientation à gauche et une autre force qui doivent émerger. Ce rassemblement ne peut pas s’organiser autour du Parti socialiste et de sa ligne actuelle. C’est le travail que nous avons entrepris, c’est la seule possibilité d’issue positive à la situation actuelle.

HD. Quelle est cette nouvelle force dont vous parlez ?

P. L. Cette force, c’est celle qui réunira le Parti communiste français et les forces du FG, les écologistes, des socialistes et les immenses forces citoyennes, sociales, syndicales disponibles pour la construction d’une autre politique que l’austérité.

La question centrale du débat politique national est de savoir s’il est possible de sortir de l’austérité et comment ? Nous, nous pensons qu’une sortie de l’austérité est nécessaire et possible par la solidarité nationale en taxant le capital et les dividendes qui se nourrissent de la crise. En reconstruisant un impôt et des politiques publiques de solidarité et qui mobilisent les ressources nationales pour la relance sociale, l’investissement productif et la transition écologique.

Cette société dans laquelle nous voulons vivre est une société de solidarité, d’égalité et de fraternité qui bannit tout recours à la haine, à la violence, à la séparation de populations. Là où le FN divise la société et risque de faire à nouveau gagner des politiques de divisions, nous voulons construire des solutions qui unissent les Français dans le progrès social.

Il y a beaucoup de commentaires sur la place prise par le FN, je crois que la bataille engagée entre les solutions de divisions racistes et xénophobes du FN et les solutions que nous proposons est loin d’être jouée. Si les forces sociales et démocratiques attachées à des solutions de justice trouvent le chemin de leur unité, un espoir pourra se lever, capable de rivaliser avec les scores actuels du FN. Et c’est ça l’enjeu de la période politique à venir.

Cela passe par un travail de convictions sur la solution de sortie de crise et sur la possibilité de cette issue politique, par un travail d’unité des forces disponibles et un travail de proximité avec les classes populaires les plus touchées par les crises. Ce lien de confiance doit être reconstruit dans des luttes et des actions de solidarité au quotidien.

HD. C’est pour ces raisons que vous avez décidé d’entamer un tour de France ?

P. L. J’ai décidé d’entamer ce tour de France des régions pour retrouver le sens du débat politique direct avec les citoyens. Je suis comme beaucoup de Français, je ne supporte plus l’état désolant du débat politique national qui s’organise sur des thèmes superficiels, politiciens, à mille lieux des urgences populaires.

Dans ces rencontres, la première chose qui saute aux yeux, c’est l’ampleur des urgences sociales. Les gens voient l’emploi, les solidarités au quotidien, les services publics se dérober sous leurs pieds et s’inquiètent gravement du devenir de leurs enfants et du pays. Il y a aussi une grande souffrance démocratique. Les gens ne supportent plus le mépris de ceux qui dirigent le pays, l’hypocrisie des discours qu’ils entendent. Il y a une grande violence ressentie devant cette négation de leur dignité. Beaucoup de citoyens sont dans une très grande colère face à cette situation. Je crois qu’il faut aider le pays à retrouver la force de l’action collective pour faire reculer le sentiment d’impuissance.

Quand la discussion s’engage, quand les vérités sont dites, le chemin de l’action possible reprend tout de suite de la force. Ce travail peut être payant s’il est déployé à grande échelle dans tout le pays par l’ensemble des militants avec l’objectif non pas de prêcher la bonne parole mais d’unir ces forces dans des dynamiques unitaires d’actions et de propositions.

HD. Quels sont vos objectifs pour les prochaines élections départementales ?

P. L. Dans les conditions que je viens de décrire, je crois qu’il y a un énorme enjeu à réussir à protéger les politiques publiques qui sont menées à l’échelle des départements, les politiques de solidarité, les dépenses sociales, contre leur casse programmée.

Ce qui menace les politiques de solidarité en matière d’actions sociales, d’éducation, de transport d’éducation ou de culture, ce sont les politiques d’austérité du gouvernement, la volonté de la droite et du FN d’utiliser les pouvoirs locaux pour amplifier la casse de ces politiques publiques. Nous appelons donc les Français à donner de la force à ceux qui vont résister aux politiques de casse de la droite et de l’extrême droite et capables à gauche de faire gagner la protection contre les politiques d’austérité.

Tous les candidats soutenus par le PCF, avec le FG et dans de très nombreux cas avec EELV, vont être utiles dans les combats futurs. Les dangers sont évidents: le désarroi et la colère provoquée par la politique gouvernementale peuvent offrir à la droite et au FN des positions de conquêtes importantes. Il faut tout faire pour faire barrage à ces ambitions. Le FN, là encore, ne constitue en rien une alternative puisque tous les candidats FN élus le seront avec des voix de droite.

Les candidats du FN seront au deuxième tour des alliés de la droite pour défendre des politiques d’austérité comme le font leurs actuels élus. Le mythe de l’alternative qu’incarnerait le FN doit être détruit. Le Front national est actuellement un obstacle majeur au changement.

HD. Le Front de gauche est l’objet de critiques internes et n’est plus très visible, existe-t-il encore ?

P. L. Il existe et il présente des candidats dans plus des trois quarts des cantons. Dans l’immense majorité de ces cantons, les candidatures rassemblent toutes les forces du FG. Dans un nombre important de cantons EELV, Nouvelle Donne ou d’autres partenaires locaux, parfois des socialistes en rupture avec les politiques d’austérité, sont aussi nos partenaires.

C’est rassemblées et unies que les forces du FG vont aller à cette campagne des élections départementales. C’est vrai qu’il existe un débat sur la manière dont nous devons faire face à la poussée actuelle du FN. La construction d’une coalition de forces qui aille bien au-delà de l’influence que le FG a obtenue jusqu’alors est pour nous le prolongement du travail entamé.

Nous sommes sur le même chemin: construire un rassemblement alternatif et majoritaire aux politiques d’austérité. Les chantiers d’espoir vont être un des points d’application de ce travail. Nous devons saisir toutes les occasions dans les mobilisations sociales qui reprennent dans le pays, dans les échéances électorales et dans un travail de projet qui va se déployer dans les chantiers d’espoir.

La bataille contre la loi Macron a vu agir ensemble de manière convergente plusieurs forces à gauche. De la critique commune, nous passons à l’action commune et j’espère demain à la construction commune d’une alternative.

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