Sans nuance et sans retenue...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Sans nuance et sans retenue...

" Je crois que la perception causée par les pertes civiles constitue l'un de nos plus dangereux ennemis ", ( Général américain McCrystal, commandant la force internationale en Afghanistan , 2009-2010, ISAF ) .

Nous nous débattons, depuis l'attentat terroriste de Nice, dans l'indécence politicienne la plus vile : la communication politique ne s'embarrasse ni de nuance, ni de retenue . S'agit-il de trouver des réponses au terrorisme ou a-t-on seulement en vue l'échéance électorale de mai 2017 ?

A droite, les Sarkozy, Estrosi, Ciotti et consorts, n'en ont que pour leurs camps d'internement des " fichés S ", avant de nous proposer, étape ultime, l'obligation pour tous les Français musulmans, de porter un " croissant jaune " sur le revers de la veste . Pour F. Hollande et Manuel Valls, nous sommes dans le temps fort de la mise en scène de " la compassion nationale " : quelle est cette manie de se rendre immédiatement sur les lieux d'une nouvelle tragédie, d'y prendre immédiatement la parole, sans recul ni prise de distance, obligeant les préfets à détourner des moyens dédiés à la gestion de la crise pour prendre en charge les autorités de l'Etat en mal de communication .

C'est qu'il s'agit de faire vite : il faut tout de suite désigner le coupable tant il est confortable d'avoir un ennemi, surtout quand il est extérieur à nous ; et quel soulagement quand la revendication tombe ! En nommant l'ennemi tout de suite, on s'exonère de sa propre responsabilité . On évite ainsi de se poser des questions sur les conséquences de sa politique .

Notre Dame, Invalides, Place de la République, gerbes, crêpes, drapeaux en berne, et dernier " must " de la communication, le " tweet " endolori, plus trois déclarations politiques par jour sur les plateaux télévisés, et " le boulot " serait fait ? Comme si le souci premier des familles des victimes était de compulser, tous les matins, la " tweettosphère " pour y dénicher la phrase la plus attendrissante du carnaval politicien .

Bon, d'accord ! On sait qu'il faut accompagner l'expression de la douleur gouvernementale par des annonces : alors on ressort le Charles de Gaulle et les Rafales, puis, en prime cette fois, la livraison à l'Irak d'artillerie lourde, des canons à longue portée . Et, au prochain attentat, pourquoi pas la bombe nucléaire ?

Il s'agit de faire vite ! Il ne faut pas laisser les gens s'interroger sur des " rapports " trop dérangeants, tel celui de " l'Association Internationale de Médecins pour la prévention des guerres nucléaires ( IP-PNW ) - Prix Nobel de la Paix en 1985 - qui dénonce l'énorme massacre de civils imputable aux guerres occidentales engagées contre le terrorisme : 1,2 millions de civils ont été victimes de ces conflits, en Irak ( 1 million ), en Afghanistan ( 220 000 ), au pakistan ( 80 000 ) . Le jour viendra où il faudra établir le bilan, en Syrie .

Les bombes que nous jetons sur l'Irak et la Syrie n'ont aucun impact sur notre sécurité mais tuent aussi beaucoup d'innocents . " A force d'exporter la guerre, on finit par l'importer chez soi ", dénonce le philosophe Michel Onfray .

Le terrorisme n'est pas spontané, il est toujours une réaction à une colère, une frustration : ce questionnement est-il si futile ?

L'indécence politicienne a également une autre face : la focalisation de tous nos maux sur l'Etat islamique ne permet-elle pas l'occultation de nos hypocrisies et incohérences ? Cette danse de " Saint Guy " de nos dirigeants qui bombardent sans discernement tandis que les Etats obscurantistes responsables de " la créature " ont droit à toutes nos contorsions pour leur faire signer des contrats d'armes .

On fait la guerre à Daesh mais sans couper les voies de la contrebande du pétrole : ce qui a pour conséquence que nous avons pu acheter du pétrole de l'Etat islamique, sans le savoir, et ainsi le financer . Nous livrons des armes aux rebelles syriens, dans une région déjà saturée, pour qu'elles se retrouvent aussitôt entre les mains des combattants du Front Al Nosra ( ex Al Qaîda ), aussi barbare que ses adversaires de Daesh .

Afghanistan, Irak, Syrie, Lybie, Nord Sahel, où est l'efficacité dans la lutte contre le terrorisme, dans nos interventions militaires ?

L'Occident s'arroge le droit de décréter quelles guerres sont justes : Nous jetons à la face du monde nos valeurs universelles mais nous choisissons nos causes . Qu'avons-nous dit quand, en 2014, Tsahal assassinait 1900 civils dans la bande de Gaza ? Que disons-nous aujourd'hui de l'attitude d'Israël dans les territoires occupés de Palestine ?

L'Occident, aujourd'hui, au Moyen-Orient, ne tient plus qu'en une formule : " La guerre et les contrats " !

NB : d'après l'article de l'ancien diplomate Laurent Bigot, " Terrorisme : l'indécence politicienne ... ", Le Monde Afrique .

Publié dans Politique nationale

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