L’Équateur mise sur l’avenir avec Lenin et renvoie Lasso au passé

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

L’Équateur mise sur l’avenir avec Lenin et renvoie Lasso au passé

Selon les informations du 5 avril publiées par le Centre national électoral, au terme du dépouillement de 99,74% des bulletins, Lenin Moreno l’emportait avec 51,16% des voix contre 48,84% à Guillermo Lasso.

AU terme du premier tour des élections présidentielles en février, les Équatoriens étaient appelés aux urnes le 2 avril pour choisir entre deux options opposées : l'avenir ou le passé.

D'un côté, le candidat d’Alianza Pais (Patrie fière et souveraine), Lenin Moreno, représentant la continuité de la Révolution citoyenne, qui a sorti des millions de personnes de la pauvreté au cours des dix dernières années, en mettant les ressources de l'État au service du bien-être des citoyens, de l’autre, le banquier milliardaire Guillermo Lasso, de l'alliance de droite CREO (Créer des opportunités), incarnant le retour du néo-libéralisme qui a amené l'Équateur au bord de la faillite à la fin du siècle dernier.

Cet antagonisme a saturé le climat politique au cours des derniers mois, la droite menant une campagne mensongère pour se présenter comme l'option de « changement ».

Or, les résultats de ce scrutin démontrent que la majorité des Équatoriens ne s’est pas laissée duper, mais a tenu compte des changements objectifs opérés dans le pays au cours de la dernière décennie par le gouvernement du président Rafael Correa.

LASSO, LE CANDIDAT DU PASSÉ

La biographie du candidat de droite révèle une série des pires pratiques des élites latino-américaines, fervents partisans de la doctrine néolibérale, où les intérêts personnels et familiaux se mêlent aux ambitions des entreprises, des banques et des hommes politiques.

Il s’agit de la principale figure du néo-libéralisme en Équateur et l'un des représentants les plus connus de la « partidocratie » qui s’est effondrée au début du siècle, lorsqu’aucun président ne pourrait achever son mandat.

Lasso fut ministre de l'Économie du gouvernement démocrate-chrétien de Jamil Mahuad qui, même s’il a quitté le gouvernement avant que la bulle financière n’explose –, fut l'un des responsables de la crise financière qui éclata dans le pays à la fin de son mandat.

En 1994, il fut l'un des promoteurs de la Loi générale sur les institutions financières qui permit la libéralisation des marchés financiers et créa les bases d’une crise, que l’on connaît en Équateur comme le « Feriado bancario » (La vacance bancaire).

Après des années de déréglementation, le système bancaire s’effondra en 1999. La solution de l'État ? Organiser un plan de sauvetage au détriment des revenus de la population, avec notamment l’interruption des services sociaux.

Les enquêtes effectuées à la suite du scandale des « Papiers du Panama » ont révélé récemment qu’une grande partie des économies de Lasso étaient placées dans des paradis fiscaux. Fait intéressant, l'un des slogans de campagne de Lasso était de promettre que les milliardaires investiraient leur fortune dans le pays.

L’AVENIR AVEC LENIN

Moreno, âgé de 63 ans, est le fils d’enseignants de la région frontalière de Nuevo Rocafuerte. Il a fait des études d'Administration publique à l'Université centrale d'Équateur.

En 1998, il a perdu l’usage de ses jambes à la suite d’une attaque à main armée. Depuis lors, il s’est attaché à donner de la visibilité à la question du handicap et à soutenir ce segment de la population.

Au cours de son mandat de vice-président il a dirigé la Mission Manuela Espejo, une institution chargée de fournir le premier diagnostic sur la situation des personnes handicapées en Équateur. De 2014 à 2016, il a été l’envoyé spécial du Secrétaire des Nations Unies sur le handicap et l'accessibilité.

Il a basé sa campagne présidentielle sur la poursuite de l’œuvre de la Révolution citoyenne de Rafael Correa, tout en y apportant à tout moment son propre style et ses qualités personnelles.

Après avoir connu les résultats de ce dimanche, Moreno a souligné que l'unité des forces révolutionnaires figurait parmi ses priorités.

« Nous allons nous rapprocher de nos frères qui sont partis. Les groupes autochtones, les écologistes et les jeunes doivent revenir. Tous ceux qui sont partis doivent revenir », a-t-il déclaré au sujet de certaines ruptures et conflits de ces dernières années. 

« Nous allons écouter, nous allons comprendre et même déchiffrer ce que veulent nos frères équatoriens. »

DES ÉLECTIONS DANS LE CALME

Selon les autorités du Conseil national électoral équatorien et les observateurs internationaux, ce deuxième tour d’élections s’est déroulé dans le calme, malgré les intempéries dans plusieurs provinces côtières.

Cependant, la journée a été perturbée par certains sondages à la sortie des urnes, annonçant des résultats contradictoires. Le consultant Cedatos lié à Lasso, a annoncé la victoire de Lasso, alors que Perfiles de Opinion donnait Moreno comme vainqueur.

Plusieurs personnalités politiques, dont le président, ont appelé à attendre les résultats officiels et éviter toute provocation. Lenin Moreno a déclaré devant ses partisans à Quito qu’il était irresponsable de la part d’une société payée par le candidat de droite de propager de fausses informations, tout en appelant au calme et à respecter les résultats.

UNE VICTOIRE DE LA GRANDE PATRIE

« Une grande nouvelle pour la Grande Patrie : la Révolution a triomphé à nouveau en Équateur », a déclaré le président sortant sur son compte Twitter, après la publication des premiers résultats du second tour.

Rafael Correa est sans nul doute l'une des figures centrales de la vague progressiste qui a laissé derrière elle la « longue nuit néolibérale » qui s’était abattue sur l’Amérique latine.

La victoire de ce dimanche signifie que son œuvre perdurera malgré son départ, même si pour tous les analystes il devrait rester l'un des hommes politiques les plus influents du pays.

La victoire intervient à un moment où la droite connaît un regain de force sur la scène régionale et que le panorama international est marqué par l'avancée des idées xénophobes et extrémistes au sein des grandes puissances internationales.

L’Équateur, pendant le gouvernement de Rafael Correa, a également été l'un des pays qui a favorisé les mécanismes d'intégration que compte aujourd'hui la région, d'où l'importance que le nouveau gouvernement soit prêt à prendre le relais.

Dans tous les cas, la décision des Équatoriens ce dimanche dans les urnes envoie un message clair au monde : la vague progressiste en Amérique latine est loin d’avoir disparue.

LA REVOLUTION CITOYENNE POURSUIT SA ROUTE

ÉRADIQUER la pauvreté, éliminer la malnutrition infantile, améliorer la vie des personnes âgées et encourager la création d'emplois et l'esprit d'entreprise, en particulier dans le secteur de la jeunesse, seront parmi les priorités de la nouvelle administration.

L'un des principaux engagements de Lenin Moreno est de lutter contre la corruption du passé, du présent et celle qui pourrait survenir au cours de son mandat.

Stimulé par le chemin parcouru, le président élu a appelé tous les Équatoriens à « poursuivre la construction d’un meilleur pays » en hommage à l’artisan du nouvel Équateur, le président sortant Rafael Correa. « Merci, Rafael ! », s’est-il exclamé, puis il a signalé que sa main était tendue pour travailler avec tous, même avec ceux qui n'avaient pas voté pour lui.

 

Publié dans Amérique Latine

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