Intervention d’ Evelyne Ternant au CN du PCF des 2 et 3 juillet 2022

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention d’ Evelyne Ternant au CN du PCF des 2 et 3 juillet 2022

Nous devons prendre la mesure de l’aggravation sans précédent de la situation qui s’annonce à l’automne, car la crise économique systémique est percutée par les effets de la guerre en Ukraine, l’économie se transforme en économie de guerre.

Nos services publics sont au bord de l’effondrement, le pouvoir d’achat en chute libre conduit à des situations de détresse. Le risque de krach financier est réel, de même que la crainte justifiée de désastres climatiques en chaîne.

Le projet du pouvoir est incapable d’y faire face : son objectif est de diminuer la dette par la compression des dépenses, tout en colmatant quelques brèches pour calmer les colères: il fera tout pour éviter un deuxième «quoiqu’il en coûte». Il faut donc préparer une riposte politique à la mesure de la violence de ce qui prépare.

Les élections législatives laissent une situation contradictoire.

L’affaiblissement de Macron, ouvre des opportunités au mouvement social, pour lui imposer des renoncements, en particulier sur l’âge de la retraite.

Mais le renforcement du RN, qui vient de franchir une étape décisive dans sa trajectoire d’accession au pouvoir, peut accélérer l’évolution politique vers un régime autoritaire. Le front républicain ne fonctionne plus. La question nous est posée avec urgence : comment faire barrage politiquement, comment démonter ses mesures sociales en trompe l’œil, comment mener la bataille idéologique sur le fondement national-libéral du projet et contre la préférence nationale ?

La NUPES a permis dans un contexte de rapport de force défavorable à la gauche d’augmenter le nombre de députés avec à peu près le même nombre de voix qu’en 2017. L’accord est inégal, pour ne pas dire inique à notre endroit, les progressions en nombre de députés des uns et des autres en témoignent.

Nous avons certes un groupe autonome avec députés les ultra-marins, mais le seuil d’un groupe communiste n’ a pas été atteint. L’effacement du parti dans plus de 500 circonscriptions est un lourd sacrifice du parti, qui crée un certain malaise parmi les communistes après la dynamique de la Présidentielle. Nos députés doivent leur élection à ce choix politique national, cela mérite qu’en retour il soit tenu compte de ce qui se dit, se pense et se vote dans nos instances.

L‘accord de la NUPES n’est pas qu’un accord électoral.

D’abord il est accompagné d’un accord programmatique. Ensuite il est devenu un fait politique nouveau. Pas seulement parce qu’il y a la visibilité d’ un fonctionnement parlementaire, de l’ intergroupe, mais parce qu’il y a eu un vote NUPES dans le pays, répondant à une demande d’union de l’électorat de gauche, et lui redonnant l’espoir que la gauche n’était pas finie.

On ne peut pas tourner le dos à cette exigence de rassemblement. Il faut y répondre tout en dissipant les illusions des citoyens et en déjouant les pièges tendus par la stratégie de JLM.

L’illusion, c’est l’idée que le débat de fond serait clos et le programme achevé. Il y a certes des points d’appui, notamment vis à vis du PS et d’EELV, pour contrer les politiques libérales d’ouverture à la concurrence qu’ils soutiennent (par exemple les TER en Bourgogne Franche-Comté).  Il y a les mesures qui ne font pas consensus et sont reconnues comme telles.

C’est un progrès démocratique de ne pas mettre sous le tapis ce qui divise, d’être transparent sur certains désaccords et d’en appeler au débat public et à l’arbitrage parlementaire.

Il y a enfin le non dit , c’est à dire le doute qu’on peut avoir sur la capacité à réaliser les objectifs sociaux et écologiques sans affronter plus résolument le capital que ne le fait le programme NUPES, dont la conception de transformation sociale et écologique sous-estime la puissance du capital, ses pouvoirs, sa logique, et ses moyens.

Considérons donc le programme NUPES comme le début d’un processus, un appel au débat public, à la confrontation d’idées.

Le programme des jours heureux est une base solide pour le faire, en appui des luttes. Il faut développer fortement la formation des communistes sur les contenus pour que ce travail politique de fond se diffuse dans les fédérations.

Le piège à déjouer, c’est le piège stratégique : la volonté de LFI de structurer une nouvelle force, sous sa domination et son pilotage, dans une stratégie d’étouffement des autres composantes, avec une mention spéciale pour le PCF, est évidente. Des actes politiques en témoignent : la personnalisation de la campagne des législatives (atout pour mobiliser sur le premier tour, mais handicap pour élargie au 2ème tour), la tentative sur le groupe unique et maintenant proposition de créer des parlements locaux NUPES, avec porte parolat.

Pressentant les dangers, des communistes sont tentés par la chaise vide. D’autres risquent de se laisser embarquer dans le recommencement des expériences de dilution, comme celle des des collectifs anti-libéraux.

Notre direction doit donc fixer un cadre et aider nos camarades à tenir la ligne de crête pour éviter le double écueil : celui de l’effacement dans la NUPES ou celui de la sortie de la NUPES dans un repli faussement protecteur.

oui à des espaces de dialogue, d’organisation de débats publics et d’actions communes locales entre les organisations membres de la NUPES.
Non à une structuration politique de substitution, destinée à préparer la future élection présidentielle.

D’où l’importance de préserver notre autonomie de réflexion, d’expression et d’action, d’où l’importance de la mise en mouvement des communistes sur les deux propositions faites au CN :

-La bataille sur le pouvoir d’achat avec une perspective large, qui n’est pas seulement un affichage d’objectifs, mais pose la question du « comment y parvenir ».
-L’appel à créer des comités d’action et de lutte, sur des objectifs précis, ouverts non seulement aux forces politiques de la NUPES, mais au mouvement social et associatif et aux mobilisations citoyennes.

L’enjeu pour nous est d’être à la hauteur des défis politiques et stratégiques de cet après élection.